Flo & Yo - Maëva, infirmière "globe-flotteuse"

Fidèles à leur promesse de partager leur aventure « Care Conception Through the World » avec la communauté d'Infirmiers.com, Flo et Yo nous proposent de rencontrer Maëva, une autre « nurse-trotteuse » ou plutot une « globe-flotteuse » au travers d'une interview.

« Aujourd’hui, nous partons à la découverte du monde avec Maëva. Elle se qualifie joliment d’infirmière « globe-flotteuse ». Elle a accepté de répondre à nos questions et de partager avec nous sa vision des choses et ses expériences et nous invite au voyage et à la découverte des cultures qui nous entourent…

Maëva, une autre « nurse-trotteuse » au travers d'une interview. Flo & Yo - Salut Maëva, peux-tu te présenter ?

Maëva - Salut, je m’appelle Maëva, j’ai 30 ans, infirmière depuis 5 ans et maman célibataire d’une petite fille de 4 ans.

Flo & Yo - Quel est ton parcours ?

Maëva - Après avoir obtenu un Bac S, je m’oriente (ou plutôt je m’égare) dans une fac de bio pendant deux ans sans idée précise, mais toujours chatouillée par une envie de voyager. Je profite de ces années d’errance pour faire des petits boulots notamment au sein de l’infirmerie du campus universitaire pour une campagne de prévention contre la mal bouffe. Je découvre alors le milieu médical et cela me plaît. Je tiens enfin le métier qui pourra me permettre de voyager.

Durant mes études d’infirmière à la Croix Rouge de Nice, j’allie mon goût de l’ailleurs avec ce métier en faisant un stage à l’étranger, et j’affine mon orientation professionnelle. En effet, je découvre un réel intérêt à étudier la psychiatrie.

Mon diplôme en poche, j’ai donc intégré une équipe soignante dans un service de psychiatrie de l’adolescent. J’ai vraiment aimé travaillé dans ce service. Mais au bout de deux ans, les restrictions de personnels et les conditions de travail ne permettaient plus d’effectuer des prises en charges de qualité. Certaines décisions médico-administratives ne correspondaient plus à mon éthique professionnelle. Je suis donc partie pour travailler dans un CSAPA (centre de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie) où j’ai travaillé avec une équipe géniale.

Malheureusement, les systèmes sanitaire et social (comme beaucoup d’autres) en France sont régis par les restrictions budgétaires, et chaque initiative s’en trouve désapprouvée, amputée ou avortée. Me sentant un peu à l’étroit dans mon boulot, je renoue avec le projet de voyager.

Nous partons, ma fille, son père et moi, vivre sur un bateau, dans le but d’aller où bon nous semble afin de… vivre autre chose. Mission accomplie !

Maëva, infirmière "globe-flotteuse"

Flo & Yo - Il me semble que tu as fait un stage au Vietnam pendant tes études, peux-tu nous en parler ?

Maëva -
Je n’avais pour ainsi dire jamais quitté l’Europe, ce fut une expérience fantastique !
D’abord, il y a eu toute l’excitation autour de la préparation de ce stage d’un mois. L’IFSI, plutôt farouche en premier lieu, s’est montré assez enthousiaste une fois les formalités administratives bouclées. En effet cela relève du parcours du combattant et en a découragé plus d’un, j’ai d’ailleurs été la seule de ma promotion à mener ce projet jusqu’au bout.

Je suis partie avec une association rattachée à la Croix Rouge (ce qui à facilité les démarches), j’étais hébergée dans un orphelinat avec d’autres stagiaires. Nous nous rendions tous les matins à l’hôpital accompagnés par deux interprètes de choc (oui parce qu’il faut le savoir: il faut à peu près quatre vies pour apprendre le vietnamien). L’après-midi, nous retournions à l’orphelinat et avions du temps pour nous, chacun vaquait à ses occupations. Pour ma part, j’ai eu un plaisir immense à passer du temps avec les enfants, à apprendre d’eux, leur vie, leur culture, leurs jeux… Et j’ai découvert un grand intérêt pour la photo.

Ce rythme a duré 3 semaines, la dernière semaine étant consacré à… du tourisme pur ! (je peux le dire, il y a prescription maintenant non ?)


Flo & Yo - Quelle était ta mission/rôle ? Qu’as-tu appris là bas ?

Maëva - A l’hôpital, on arpentait les services (médecine, urgences, maternité, médecine traditionnelle…) comme observateur d’abord, mais très vite on faisait partie du personnel soignant. La difficulté était de ne pas pouvoir prendre le patient dans sa globalité, nous n’avions pas accès aux dossiers (problème de la langue) et devions faire entièrement confiance aux soignants présents et aux interprètes. En fait notre pratique se résumait à effectuer des actes… et des actes… et des actes. Et bien souvent, il fallait faire vite, très vite pour répondre à l’affluence. Il fallait faire avec des protocoles que nous ne comprenions pas toujours. Remettre en question nos apprentissages, accepter de désapprendre et réapprendre différemment. Il était finalement bien plus facile de réaliser des soins dans un service totalement inconnu comme la « médecine traditionnelle », acupuncture, digitopuncture, phytothérapie…

Nous observions les gestes et nous reproduisions. C’était bien plus délicat lorsqu’il s’agissait de maternité, notamment en injectant une antibiothérapie systématique à chaque nouveau né, sans savoir ce qu’il y avait dans la seringue, ni qui l’avait préparée…Ou bien en médecine lorsqu’il y avait des patients qui auraient nécessité (en France) de soins dans la plus grande asepsie, soignés sur du papier journal…

« Il fallait faire avec des protocoles que nous ne comprenions pas toujours. Remettre en question nos apprentissages, accepter de désapprendre et réapprendre différemment. »

J’ai appris une chose primordiale lorsqu’on veut soigner à l’étranger, c’est qu’il existe deux réalités du soin: le soin selon le principe de précaution qui tend à limiter les risques potentiels par des techniques de pointes, une grande rigueur sur l’asepsie, une rigueur administrative, un traçage du soin millimétré… Cela concerne les pays dits riches; et le soin selon le principe de nécessité qui tend à la réduction du risque prioritaire, au plus juste, avec, souvent, les moyens du bords. C’est le cas des pays… moins riches.

Flo & Yo - Comment s’est passée ton intégration ?

Maëva - Compliquée au début, car il m’était difficile de réaliser des soins sans exprimer mon étonnement et parfois mes craintes. Quand j’ai accepté de revoir mes positions et accepté le travail, le contact est bien mieux passé, à tel point que je pouvais faire des propositions qui par la suite ont pu être acceptées, puis adoptées , je n’étais plus considérée comme une stagiaire têtue mais comme une professionnelle étrangère avec qui il pouvait y avoir un échange constructif.

Flo & Yo - Comment est la vie là bas ? Et la culture ?

Maëva - Bien différente de la France, c’est sûr ! Le pays conserve les stigmates de l’occupation chinoise, des colonies françaises et des guerres. Mais il n’en reste pas moins un pays en devenir sur le plan économique.

La culture du pays est fortement imprégnée de bouddhisme, les gens sont respectueux de tout et très humbles. On a le sentiment de pouvoir faire confiance à tout le monde, l’individualisme semble bannit de ce pays. La famille a une place essentielle dans cette société, à l’hôpital par exemple, elle est soignante à part entière.

« Nous observions les gestes et nous reproduisions. C’était bien plus délicat lorsqu’il s’agissait de maternité »

Le climat peut se montrer très rude, la mousson est parfois dévastatrice, de ce fait l’entraide est un mode de vie à part entière.
D’une manière générale, j’ai le souvenir d’un pays très chaleureux et agréable à vivre (malgré les intempéries: j’y étais pendant la mousson), et je ne vous parle pas de la cuisine, j’en salive rien que d’y penser!

Flo & Yo - Après ta formation, tu es partie plus d’un an vivre sur un bateau, peux-tu expliquer ton projet ?

Maëva - En mars 2011, nous décidons mon ex-conjoint et moi de vivre autrement : exit toute attache matériel, voiture, appart, boulot… Depuis un an nous préparions le bateau en vue de vivre dessus à temps plein, nous avions épargné suffisamment pour équiper le voilier en mode grand voyage et se laisser le temps de voir venir. Le but était d’aller à la rencontre des gens et de découvrir des pays que nous ne connaissions pas, tout en travaillant aux escales pour pouvoir durer le plus longtemps possible à la découverte des quatre coins du monde.
Nous sommes partis de Méditerranée, nous sommes descendus en Corse (que nous connaissions déjà), nord Sardaigne, puis l’Espagne, les Baléares, Gibraltar, le Maroc, puis les Canaries, avec un aller/retour sur Madère.

Maëva - En mars 2011, nous décidons mon ex-conjoint et moi de vivre autrement

Flo & Yo - Quel était ton quotidien sur le bateau ? Quelle organisation ce voyage demande-t-il ?

Maëva -
Sur le bateau, la vie est plutôt cool : pas de rythme imposé, balades aux escales, rencontres sur les pontons, pêche et baignades, un paradis vu de l’extérieur. De l’intérieur, beaucoup de concessions (principalement matérielles, mais ce n’est pas plus mal de revenir à l’essentiel !), mais surtout une entente irréprochable entre les différents membres de l’équipage…

Lors des traversées (maximum 5 jours d’affilés pour nous), lorsque le temps était clément, lecture, musique, photos, jeux de cartes, occupent les journées, mais aussi les nuits car il faut veiller par quart. Quand le temps est moins sympa (ça arrive), on se concentre sur les manœuvres et sur le fait de ne pas être malade.
On dit que la vie sur un bateau c’est 80% d’emmerdement pour 20% de pur bonheur. Alors me direz-vous: « pourquoi se faire ch..? ». Et bien pour c’est 20% très exactement !
Un bateau c’est avant tout des pannes, de la casse, du bricolage qui ne fonctionne pas toujours (rarement) comme on veut, de l’entretien, bref des galères ! Mais le plaisir qu’on retire de cette vie là n’a pas d’égal sur cette planète.

Flo & Yo - Comment se passait ton arrivé dans un nouveau port ?

Maëva - C’est toujours une grande excitation d’arriver dans un port. Une nouvelle étape, une nouvelle ambiance, de nouvelles têtes,… Mais avant, beaucoup de tension: comment va se passer la manœuvre, va-t-on trouver âme charitable sur le ponton à qui lancer les amarres, va-t-on éviter de faire du bateau-tamponneur dès notre arrivée ?
Une fois bien attaché, on doit encore se charger de la partie administrative avec le capitaine du port, ensuite nous pouvons enfin faire redescendre la pression, et PROFITER ! Généralement, je prenais ma fille sous le bras et nous arpentions les pontons. Je crois que c’est le moment qu’elle préférait du voyage, elle partait à la recherche de nouveaux copains de bateau, recroisait parfois des connaissances. C’était important pour nous de s’imprégner de l’ambiance du port avant d’aller visiter le reste de la ville.

Flo & Yo - Qu’est-ce que tu retires de cette expérience ?

Maëva - C’est la chose la plus excitante que j’ai fait de toute ma vie, une expérience richissime malgré un retour prématuré en France. La vie en bateau c’est aussi prendre des risques, le risque de mettre son couple à l’épreuve par exemple, le nôtre n’y a pas survécu, mais nous ne regrettons rien.

Flo & Yo - Qu’as-tu apprécié lors de ce voyage au long cours?

Maëva - Nous essayions en règle générale, d’éviter les endroits très touristiques, mais en presque 9 mois passés aux Canaries cela n’a pas toujours était évident, le fait de vivre en bateau vous donne un statut touristique un peu particulier.
Et puis les gens du voyage en bateau forment comme une petite communauté d’entraide et de partage, un petit monde à part (qui rend le retour sur la terre ferme un peu difficile).
Sans compter, les paysages de rêve le long desquels nous avons navigué.

Flo & Yo - Quels sont tes plus beaux souvenirs de voyages ?

Maëva - Ce sont les liens qui se créent avec une intensité rare, des moments partagés, souvent en un laps de temps très court.
Je n’oublierai jamais ce couple âgé à Madère qui tenait un bistrot, vide, loin des sentiers touristiques, dans ce décor assez lugubre. Nous ne comprenions rien de leur portugais très local et eux n’entendaient rien de notre espagnol très approximatif, pourtant ils nous ont accueilli comme leurs propres enfants (petits enfants?) et nous avons passé un moment extraordinaire, le temps d’une après-midi, qui s’est terminée sur des adieux larmoyants. Des rencontres atypiques de ce genre il y en a eu bien d’autres, et c’est ça qui me plaît dans les voyages.

« La vie en bateau c’est aussi prendre des risques »

Malheureusement je n’ai pas eu l’occasion de travailler en tant qu’infirmière durant ce périple, nos premières escales étaient trop rapides pour ça. Quand nous sommes arrivés aux Canaries, nous ne devions pas y rester si longtemps et traverser l’Atlantique à la fin de l’année. Pour certaines raisons nous avons dû prolonger le séjour sur ces îles. Je suis donc allée me renseigner pour trouver du travail et j’ai été confrontée aux difficultés que rencontre les infirmières en Espagne. Aux Canaries en particulier, les infirmières se retrouvent sur des listes d’attente pour pouvoir travailler et lorsqu’on est étrangère avec un espagnol très approximatif, on n’a pas sa place sur ces listes. Il aurait fallu aller plus loin… j’espère partie remise…

Flo & Yo - Comment étiez-vous couverts en cas de pépin de santé en voyage ?

Maëva - En Europe, on est toujours couvert par la sécu, ensuite ça devient plus compliqué, mais il existe un organisme indépendant la CFE (la caisse des Français à l’étranger) qui demande une cotisation à l’année et couvre de la même manière que la sécu.

Flo & Yo - Quel est ton regard sur ton métier d’infirmière en France ?

Maëva - Plus de responsabilités, toujours moins de moyens… Mais il va falloir que je m’y frotte de nouveau pour refaire la caisse de bord !
Je pense que le principe de précaution dont je parle plus haut est très exigent et ne peut souffrir d’aucune économie, et de réduction budgétaire en réduction budgétaire, je me demande si la France n’a pas un système de santé qui n’a plus les moyens d’être à la hauteur de ses prétentions.

Flo & Yo - Et après quels sont tes projets ?

Maëva - Repartir encore et toujours, faire l’infirmière itinérante, explorer les différents systèmes de santé, les comparer… Où, quand, comment ? Rien de concret pour l’heure, mais affaire à suivre…
ça vous tente ?

Merci Maëva pour ce passionnant récit, je n’en ai pas perdu une miette. Et si tu as besoin de matelots, fais nous signe (j’avoue je n’ai pas le pied marin mais tu m’as donné envie de te suivre). »

Flo & Yo - Deux soignants à la conquête du monde !

En novembre 2011, Yohan, 31 ans, aide-soignant et Florence, 28 ans, étudiante manip radio en 2éme année, férus de voyages et d'expériences insolites ont créé « Care Conception Through the World », une association loi 1901 dont le nom peut être traduit en français par « La conception du soin autour du monde ». Son but ? Réaliser des reportages photos et vidéos, à travers le monde, sur les différentes façons de concevoir le soin. En résumé : voyager, découvrir, et surtout partager avec la communauté soignante et même au-delà ! Ils nous ont présenté leur projet récemment sur Infirmiers.com, partenaire de leur aventure à venir. Retrouvez l'intégralité de leur projet sur www.floetyo.com

< Retrouvez toutes les aventures de Florence et Yoan sur la page dédiée >


Florence et Yohan MAUVE
Rédacteurs Infirmiers.com
contact@floetyo.com

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