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Un état des lieux de la profession aide-soignante

Essentiellement féminine, en pleine expansion, les AS sont fières de leur métier, mais aussi victimes d’une importante pénibilité au travail et d’un manque de considération.

L’Observatoire (L’Observatoire prospectif des qualifications et métiers de la Branche sanitaire, sociale et médico-sociale privée à but non lucratif) a utilisé les données de l’Enquête Emploi 2007 et de la base de données formation d’Unifaf pour cerner le métier d’aide-soignant de son secteur. Mais chemin faisant, le rapport dresse un panorama éclairant de l’ensemble de la profession. En voici les principaux éléments.

Des effectifs en pleine expansion

Les aides-soignants (AS) étaient environ 390 000 en 2007, en progression de 125 % depuis 1982. Ils font partie des trois familles professionnelles qui créeront le plus d’emplois entre 1995 et 2015, avec 149 000 créations nettes à partir de 1995.
Depuis 2002, le nombre de diplômés augmente chaque année (+ 83 % en 4 ans). Le premier emploi s’obtient facilement, mais il est souvent précaire : plus de 36 % sont en CDD ou en emploi saisonnier.

La fierté du métier

La mobilité professionnelle est cependant très faible : 9 AS sur 10 garde le même métier sur une période de 5 ans (peu d’évolutions vers un autre métier), la plupart restent dans le même établissement. Ce sont les professionnels de santé qui pensent le moins souvent à quitter leur profession (seuls un peu plus de 13 % y songent souvent), quoique cela soit très variable selon les secteurs.
Près de 9 AS sur 10 sont « fiers » ou « plutôt fiers » de leur métier.

Une profession essentiellement féminine

Les pères des AS appartiennent plus fréquemment que pour les autres professions aux catégories sociales les moins élevées (ouvriers et employés) : 66 %, soit les deux tiers.
Neuf AS sur dix sont des femmes. Cette proportion ne varie quasiment pas, mais il faut noter qu’elle est plus importante chez les moins de 30 ans : elles débutent tôt dans la carrière. Mais elles en sortent aussi plus volontiers après 50 ans : leur proportion baisse après cet âge.
Le diplôme d’aide-soignant est de niveau V (équivalent au BEP - brevet d’études professionnelles – , CAP – certificat d’aptitude professionnelle – ou CFPA – certificat de formation professionnelle des adultes). Mais 28 % des personnes entrant en formation ont un niveau d’études supérieur et les deux tiers ont un niveau d’études déjà équivalent à celui d’AS.

Une profession plutôt jeune

Plus de la moitié des AS ont entre 35 et 50 ans et 6 % ont 55 ans ou plus. En comparaison, les personnes âgées de 55 ans ou plus représentent 11 % des infirmiers, 19 % des cadres de santé et 33 % des médecins.
Les deux tiers des AS travaillent dans le secteur sanitaire (données INSEE 1999) et seules 7 % sont hors secteur santé-action sociale, mais les données ne sont pas très précises.

Des salaires estimés trop bas

Plus de la moitié (55,5 %) des AS de l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) estiment que leur salaire est insuffisant pour couvrir leurs besoins, alors qu’il est en moyenne plus élevé que celui du privé.

Conciliation difficile avec la vie privée

Les conditions de travail ont des répercussions directes sur leur vie privée : variabilité des horaires, travail de nuit, du soir, les jours fériés, le dimanche. Un tiers d’entre elles déclare devoir changer régulièrement leurs activités personnelles en raison de changements inopinés. Un quart de celles qui ont de jeunes enfants n’ont pas de solution satisfaisante pour leur garde pendant le temps de travail.

Le poids des pénibilités physiques et psychiques

La moitié n’a aucune activité sportive, très peu font du sport régulièrement. Trois sur cinq se déclarent insatisfaites ou très insatisfaites de leurs conditions physiques de travail, ce qui est le taux le plus élevé parmi tous les professionnels de santé. La pénibilité physique apparaît comme un facteur majeur du maintien dans l’emploi des AS en seconde partie de carrière.

La pénibilité psychique aussi : le burn-out est plus fréquent chez eux que chez les autres professionnels de santé. Plus de 66 % des AS ne sont pas satisfaites du soutien psychologique reçu pendant le travail. Alors que plus de la moitié d’entre elles le souhaitent, seules 12 % déclarent pouvoir discuter régulièrement de questions psychologiques avec une personne spécialisée. Dans les établissements de long séjour et en maisons de retraite, près de 30 % des AS signalent des troubles de santé mentale (dépression, anxiété, insomnie, burn-out).
L’insuffisance du temps consacré aux transmissions est soulignée par plus de la moitié des AS (53,4 %).

Des écarts entre travail prescrit et travail réel

Il peut exister des écarts importants entre le travail prescrit (réglementé) et le travail réel. Les auteurs du rapport notent que « dans certains établissements, les glissements de tâches deviennent réguliers et finissent par s’inscrire dans une culture d’établissement ou de service. » Cependant, « la réalisation de nouveaux actes précis par les aides-soignants ne peut se développer sans bouleversement des référentiels de formation, de l’organisation juridique, ou encore de la rémunération. »

Un savoir mal reconnu

Les auteurs insistent sur le fait que les AS font les tâches « délaissées » par les infirmiers, celles qui impliquent un contact avec la saleté et les déchets corporels, « dévalorisées par la société. » Les AS développent ainsi un sentiment de manque de reconnaissance d’autant plus important qu’elles n’ont pas de « rôle propre », mais un « rôle délégué par les infirmiers », et que leur « savoir profane » n’est pas mis en valeur par le reste de l’équipe soignante. Pour les auteurs du rapport, cette situation ne peut évoluer que si la profession accueille plus d’hommes ; mais pour cela, il faudrait un « changement des représentations sociales, (…) le soin étant encore perçu comme une qualité essentiellement féminine. »

Référence : L’aide soignant dans la branche. Étude nationale de l’Observatoire -

Serge CANNASSE
Rédacteur en chef Izeos
serge.cannasse@izeos.com

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