Aide-soignante, une profession en attente

Vous découvrez la nouvelle version du site dédié à la promotion de la profession aide-soignante. Créé en 2001, époque où Internet commençait à se démocratiser, il fut le premier site à présenter cette profession sur le réseau. Aujourd'hui, un second souffle lui est apporté par l'intermédiaire de la société IZEOS, éditeur notamment du site www.infirmiers.com  Un tel rapprochement paraît finalement cohérent tant l'histoire et l'évolution de deux professions sont étroitement liées.
Pour mieux comprendre la réalité de l'exercice aide-soignant et dégager ses perspectives d'évolution, il paraît indispensable de rappeler les circonstances de sa création.

La création de la profession aide-soignante

Alors qu'en 1901 la première définition de l’infirmière apparaît, il faut attendre 1938 pour qu’un décret formalise la création du Diplôme d'État d'infirmier. Cependant c’est en 1946 qu’apparaît une loi imposant l'obtention de ce diplôme d'état pour exercer la profession d'infirmière. Mais cette loi, soumettant l’autorisation d’exercer comme infirmière à la possession exclusive de ce D.E., présente le risque pour les hôpitaux, dans un contexte de pénurie, de se trouver privés du nombreux personnel infirmier « formé sur le tas ». Pour pallier ces effets, des mesures transitoires sont envisagées qui autorisent les personnes non diplômées qui assuraient des soins à exercer la profession en qualité d'infirmier auxiliaire polyvalent avec activité limitée.
Ces mesures préfigurent la création d’une catégorie intermédiaire. Elle est d’abord conçue comme provisoire, visant au reclassement statutaire et indiciaire d’une partie du personnel. Mais, se révélant peu à peu un moyen commode d’assurer la promotion du petit personnel hospitalier, que réclament les syndicats, la catégorie d’aide-soignante est alors retenue. Pour formaliser cette décision est alors créé, en 1956, le CAFAS (Certificat d’Aptitude à la Fonction Aide-Soignante).

L'évolution de son statut

A sa création, la profession aide-soignante répond parfaitement à l’impératif d’hygiène réclamée par l’institution hospitalière et à l’incapacité pour les patients à assumer leurs besoins élémentaires comme se laver, s’habiller et manger seuls. Attribuées autrefois à un personnel sans formation, aux « infirmières », lorsque ce terme désignait toute personne travaillant à l’hôpital, ces tâches sont donc déléguées à ce personnel spécialisé, dans le cadre d’une division du travail qui se complexifie au sein du système hospitalier et qui modifie les relations infirmières/médecins.
A partir des années 1970-1980, une évolution tend à instaurer une relation de collaboration en partenariat avec la médecine et les autres disciplines de la santé. Cette évolution apparaît dans les textes de l'exercice professionnel avec la reconnaissance officielle du rôle propre infirmier (loi de 1978), puis du diagnostic infirmier pour aboutir, en 2004, à la dernière version du décret de compétence régissant la profession infirmière.
En parallèle, dés 1971, le déroulement de la formation aide-soignante est redéfini. Il est précisé pour la première fois dans les textes que l’aide-soignante exécute des soins sous l’autorité et la responsabilité de l’infirmière. L’évolution de la profession aide-soignante aboutira aux dispositions actuelles qui précise que l’aide-soignante se situe au sein d’une équipe, qu’elle contribue à la prise en charge des personnes et qu’elle participe aux soins dans le cadre du rôle propre de l’infirmière, en collaboration avec elle et sous sa responsabilité.
La dernière actualité notable date de 2007 quand les aides-soignantes ont échangé leur diplôme professionnel contre un diplôme d'Etat, prémisse à de nouvelles prérogatives futures.

Les perspectives d'évolution

L'histoire influence donc l’exercice professionnel quotidien de l'aide-soignante, mais aussi l'exercice de collaboration avec la profession infirmière, au travers du lien de subordination qui a toujours existé entre les deux métiers. Cette subordination, encadrée juridiquement, définit un cadre d'intervention précis et un rôle clair pour chacun des professionnels et un référentiel de compétences existe pour l'aide-soignante.

Toutefois, le cadre d'intervention de l'aide-soignante tend et tendra progressivement à s'élargir sous l'effet du principe de réalité.

Aujourd'hui, même si cette situation est anormale, un certain nombre d'aides-soignantes administrent des soins qui ne sont pas de leur ressort. Elles sont donc  en « dépassement de fonction ». Certains chefs de service ou cadres de santé cautionnent ce comportement par nécessité sous l'effet d'un sous-effectif récurrent en personnel infirmier. Notons toutefois que ces situations de dépassement de fonction sont moins visibles et moins importantes que dans les années 90, depuis la mise en place de la certification dans les établissements de santé.

Ainsi le législateur, conscient de la situation mais ne voulant pas légiférer sur la base de comportements illégaux a octroyé cette dernière décennie quelques compétences nouvelles aux aides-soignantes comme l'autorisation sous certaines conditions de la distribution des médicaments, d'effectuer des aspirations endo-trachéales après formation et la prise de tension. Il offre également depuis juillet 2009 la possibilité à certaines d'entre-elles d'occuper de nouvelles fonctions après une formation comme celle d'agent de chambre mortuaire.

Citons une situation étonnante qui est celle des soins ambulatoires pratiqués au domicile qui augmentent fortement d'années en années. Aujourd'hui, des aides-soignantes interviennent au domicile de patients, notamment au sein de structures d'HAD et côtoient des familles ou même des auxiliaires de vies  exécutant certains soins, ou certaines manœuvres sur des appareils d'assistance médicale qui sont pourtant  eux interdits aux aides-soignantes. Ainsi, il n'est pas rare que l'aide-soignante, pourtant professionnelle de santé formée, se retrouve en porte à faux face à une situation d'urgence et soit obligée de demander à la famille d'intervenir sur un soin en particulier ou sur une machine parce que légalement elle n'a pas le droit de le faire.

Cet exemple particulier montre la nécessité de redéfinir les compétences aides-soignantes pour les adapter aux nouvelles conditions d'exercice.

La validation des acquis de l'expérience

Alors que cette disposition fonctionne admirablement dans un grand nombre de professions, elle n'est pas applicable au diplôme d'infirmière, afin de ne pas favoriser l'exercice illégal de la profession d’infirmière. Comme le signale Guy Isambart, une seule compétence commune a été retrouvée entre les infirmières et les Aides Soignantes celle : « D'accompagner une personne dans la réalisation de ses soins quotidiens ».  Toutefois, les aides-soignantes qui justifient de trois ans d'exercice Equivalent Temps Plein, bénéficient d'un concours spécifique d'admission en Institut de Formations en soins infirmiers et en cas d'admission bénéficient par équivalence de la compétence (« Accompagner une personne dans la réalisation de ses soins quotidiens ») avec une dispense du premier stage de 5 semaines.

Le travail libéral des aides-soignantes

L'accès au travail libéral est une revendication de plus en plus mise en avant par la profession. Elle est relayée par certains députés jusqu'à l'Assemblée Nationale1. Cet exercice libéral est aujourd'hui impossible car la profession aide-soignante n'est pas inscrite dans le code de la santé publique et n'est pas donc reconnue officiellement comme profession de santé.
L’intégration des aides-soignantes dans le livre III du code de la santé publique pourrait conférer aux aides-soignantes le statut d’auxiliaire médical et donc l'accès aux soins de  nursing à domicile sous le même statut que les infirmières libéraux. Notons que les organisations syndicales infirmières s'opposent fortement à ces propositions. Interrogée sur ce sujet R. BACHELOT, Ministre de la santé juge d'ailleurs prématurée l'instauration d'un statut libéral d'aide-soignant.

Une nouvelle place à prendre

Alors qu'un éclairage particulier est mis sur la possibilité d'octroyer de nouvelles compétences en soins infirmiers pour les aides-soignantes voire d'un rôle propre, n'oublie-t-on pas un aspect essentiel de leur profession : la proximité avec le patient. Les aides-soignantes possèdent comme l'écrit A.M. Arborio2 « un savoir profane » sur le malade, souvent mal utilisé par le corps infirmier et médical et qui reste à valoriser. D'ailleurs, un fort besoin de reconnaissance existe dans cette profession sur l'apport relationnel des aides-soignantes auprès des patients. Cette mission de soutien et d'écoute délaissée progressivement par des infirmières concentrées sur leurs interventions de plus en plus techniques est une  activité réelle de cette profession. D'ailleurs, un grand nombre d'aides-soignantes3 réclament plutôt que la possibilité d'élargir la gamme des soins infirmiers autorisés, une valorisation de cet aspect de leur profession. Cette valorisation reste à écrire.

L'actualité et l'évolution de cette profession est aujourd'hui moins spectaculaire que celle des infirmières qui après l'Ordre Infirmier intègrent le système universitaire LMD mais elle ressurgira à terme.
Les contraintes budgétaires qui pèsent sur le secteur de la santé et le vieillissement de la population, avec l'augmentation de la demande de soins poussera ces prochaines années le législateur à prendre des mesures qui influenceront de façon certaine la profession aide-soignante. Il pourrait même la faire disparaître pour créer ce que réclament certaines organisations un corps infirmier à différent niveau.

Alors que de nouvelles compétences en soins sont réclamées pour les aides-soignantes par certaines organisations, certains professionnels souhaiteraient que l'on valorise plutôt un aspect essentiel de leur profession : la proximité avec le patient, cet aspect étant à leur goût peu reconnu.

Toutefois, les contraintes budgétaires qui pèsent sur le secteur de la santé poussera le législateur à modifier dans l'avenir, le champ d'action des professions paramédicales y compris celle d'aide-soignante. Il pourrait même la faire disparaître et créer un corps infirmier à différent niveau.

Notes

1- Proposition de loi Moyne-Bressand visant à créer un statut libéral d’aide-soignant déposée le 1er avril 2009  à l’Assemblée nationale
2- Anne-Marie Arborio « Un personnel invisible. Les aides-soignantes à l'hôpital » 2001. Editions Economica
3- Pascal Macrez « Etude du besoin de reconnaissance de la profession aide-soignante. » Mémoire de fin d'étude : DU de "Communication dans les structures hospitalières". Université Paris-Descartes. Décembre 2000

Pascal Macrez
Consultant-formateur
Président de l'Association pour la Promotion de la Profession Aide-soignante.
Rédacteur d' infirmiers.com
pascal.macrez@orange.fr

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