Quand les aides-soignants témoignent !

En l'an 2000, une enquête auprès de 300 aides-soignants a été effectuée sur le désir de reconnaissance de la profession aide-soignante. Nous en publions ici les principaux résultats avec leurs commentaires.

Comment êtes-vous venu à la profession aide soignante ?

Par vocation du soin 67 %
Par hasard ou opportunité 
22 %
Pour une autre raison 
5 %
Après des études d'infirmière interrompues 4 %
Pour avoir un emploi stable 2 %

Il semblerait que c'est l'attrait du soin qui attire les personnes vers cette profession. " La vocation du soin " sous-entend-elle contact et aide aux malades ? D'après les aides-soignants interrogés directement, c'est le cas.

Qu'est-ce que vous appréciez le plus dans cette profession ?

La relation et le contact avec les patients 235 réponses
Aider les autres et donner du bien être 52 réponses
Les soins techniques 19 réponses

+ d'autres réponses moins souvent énoncées comme l'enrichissement personnel, le travail non routinier et les actes de prévention et d'éducation.
Tableau exprimé en " nombre de réponses " en raison de réponses multiples possibles
La relation et le contact avec le patient sont ici de loin les aspects de la profession les plus appréciés par les aides-soignants. Cette relation soignant/soigné qui se situe à un niveau affectif est d'ailleurs l'aspect le plus valorisé par l'aide-soignant.


Qu'est-ce que vous appréciez le moins dans cette profession ?

Le manque de reconnaissance 49 réponses
La charge de travail importante 41 réponses
Les horaires difficiles 39 réponses
Le manque de temps pour la relation 32 réponses
Faire le ménage 29 réponses
Côtoyer la mort et la souffrance 29 réponses
Les problèmes dans l'équipe 24 réponses


+ d'autres réponses moins souvent énoncées comme la limitation des actes autorisés le rôle mal défini entre aides-soignants et infirmières, l'agressivité des patients, le peu d'évolution de carrière possible, les salaires insuffisants.
Tableau exprimé en " nombre de réponses " en raison de réponses multiples possibles

A cette question, les réponses sont nombreuses et variées.
En premier lieu est cité le manque de reconnaissance accompagné de commentaires comme : " pas assez écouté, manque de considération de la part de l'équipe, des médecins voire des patients "

Ce qui ressort en deuxième plan, ce sont les aspects de la charge de travail et des horaires difficiles. Ils sont générés d'aprés les commentaires des aides-soignants par le manque de personnel dans les services hospitaliers ainsi que le travail du week-end et de nuit.

En troisième plan arrive le manque de temps pour la relation. Cette réponse est en relation avec celle concernant la charge de travail importante. En effet, dans les commentaires tant écrits qu'oraux, les aides-soignants se sentent frustrés de ne pas pouvoir passer plus de temps auprès des patients à cause de cette charge de travail trop importante.

En quatrième plan apparaît le thème du ménage. Dans le cadre de leur fonction, les aides-soignants sont en charge de l'entretien de l'environnement du patient en nettoyant et désinfectant la chambre du malade. Dans les réponses des aides-soignants, il apparaît qu'en milieu hospitalier, les aides-soignants sont de plus en plus sollicités à effectuer des tâches ménagères au détriment des soins aux patients. Cela pourrait être expliqué par les effectifs des agents de service hospitalier dont la fonction est d'assurer l'hygiéne des locaux qui restent stables ces dernières années alors que les effectifs aides-soignants ont augmenté de 38 % sur la même période1.

Le cinquième plan se situe à un niveau émotionnel voir existentiel par rapport à la souffrance des patients et à l'angoisse de la mort omniprésente dans les services. C'est une charge émotionnelle qu'il faut apprendre à gérer dans le quotidien du soignant.

Le sixième plan concerne la relation dans l'équipe et ses difficultés. Les commentaires sont : " ségrégation dans l'équipe, considérée comme bonne à tout faire "

Pensez-vous qu'il y ait un manque de reconnaissance du travail de l'aide soignant(e) ?

Oui 70 %
 Non  23 %
Ne sais pas  7 %


(Ces chiffres sont calculés sur les gens ayant répondu à la question)
15 % des personnes n'ont pas répondu à la question

Le pourcentage de personnes (15%) n'ayant pas répondu à la question me semble important. Cela peut éventuellement s'expliquer par le manque de précision de la question, notamment dans le sens que l'on peut donner au mot reconnaissance.On peut s'interroger sur " le manque de reconnaissance " par rapport à qui, à quoi ?

Malgré cette interrogation sur le sens que l'on peut donner à ce mot, notons que les réponses à la question obtiennent 70 % de oui (ramené à 60 % sur la totalité des enquêtés). D'ailleurs, j'ai remarqué que les aides-soignants remplissaient rapidement cette question, surtout quand il s'agissait de répondre oui.


Si vous avez répondu oui à la question précédente, pouvez-vous me donner quelques exemples de ce manque de reconnaissance ?
Tableau exprimé en " nombre de réponses " en raison de réponses multiples possibles

L'apport de l'aide-soignant dans la relation aux patients
/ au travail bien fait peu reconnus
51 réponses
Notre avis n'est pas pris en compte,
il n'y a pas de complémentarité dans l'équipe
37 réponses
On nous considère comme du petit personnel,
on n'a pas de responsabilités
36 réponses
De plus en plus de ménage, de - en - de soins 34 réponses
L'administration hospitalière connaît peu notre
travail
33 réponses
Les médecins nous ignorent 32 réponses
Les médias ne parlent jamais de nous 30 réponses
Le problème des primes pour le calcul de la
retraite
29 réponses
Le problème de notre statut et de l'évolution
de notre carrière
28 réponses

 
(39 personnes non pas répondu à la question)
Dans cette question, le manque de reconnaissance est précisé par les aides-soignants qui ont répondu OUI à la question précédente.
La non-reconnaissance de l'apport de l'aide-soignant dans la relation aux malades se détache. C'est une relation importante aux yeux des aides-soignants puisqu'ils la relient au sentiment du travail bien fait.
Ensuite sont citées comme réponse : " l'avis des aides-soignants pas pris en compte " le sentiment d'être traité comme " du petit personnel " et de ne " pas avoir de responsabilité ". Ces aspects commencent à préciser ce sentiment de reconnaissance qui existe dans cette profession.

Les thèmes du " trop de ménage ", de la non-connaissance par l'administration de la fonction réelle des aides-soignants et de l'indifférence des médecins enrichissent la compréhension de ce besoin de reconnaissance.
 

Selon vous, le travail de l'aide-soignant auprès des malades, est-il reconnu à sa juste valeur par ?

  Bien
Les infirmier(e)s 55 %
La hiérarchie
50 %
Les médecins 26 %
Les paramédicaux 27 %
Les patients 64 %
La population 29 %
Les tutelles 28 %


7 % des personnes n'ont pas répondu à la question

Les aides-soignants sont 50% à penser que les infirmières comme les surveillantes reconnaissent leur travail à sa juste valeur. Il semblerait donc que par tendance pour les aides-soignants, le problème du manque de reconnaissance ne se situe pas dans la vision de leurs supérieurs hiérarchiques directs et indirects. Notons que ces supérieurs sont proches des aides-soignants et connaissent bien la réalité de leur travail.

En revanche, les aides-soignants sont plus mitigés avec le corps médical qui reconnaît moyennement, voire peu, l'apport de l'aide-soignant dans les soins. Cette analyse s'applique également pour les autres professions paramédicales.

Concernant les chiffres des patients on retrouve dans les 64% de réponses " bien ", la relation privilégiée et intime qu'ont les aides-soignants avec les patients.

Dans le " grand public ", la reconnaissance du travail de l'aide-soignant doit encore progresser, selon les personnes interrogées mais c'est au niveau des tutelles que les aides-soignants sentent le plus de carences. En effet, pour 34 % des personnes interrogées, les tutelles reconnaissent peu l'apport des aides-soignants dans les soins. Elles sont d'ailleurs 28% à penser que les tutelles ne reconnaissent pas du tout cet apport.
Pour l'évolution de la profession, souhaitez-vous que :

Classement dans l'ordre de préférence

  • La relation et l'écoute du patient soient plus prises en compte dans le rôle de l'aide-soignant
  • Le rôle de l'aide-soignant s'oriente plus vers des actes d'éducation et de prévention
  • L'aide-soignant intègre un futur corps infirmier de différents niveaux de compétences
  • La rémunération soit plus importante
  • L'aide-soignant prenne en charge plus d'actes techniques infirmiers
  • La reconnaissance du diplôme soit au niveau 4 (baccalauréat)

Les réponses à cette question précisent la tendance qui se fait jour au cours de cette analyse. En effet, les aides-soignants souhaitent en premier que la relation et l'écoute du patient soient plus prises en compte dans le rôle de l'aide-soignant. Cet aspect de leur fonction étant l'aspect le plus valorisé par ces professionnels, il leur paraît donc évident qu'il soit reconnu de manière plus formelle.

Dans la même optique, étant les interlocuteurs de "coeur " avec le patient, les aides-soignants y voient l'occasion de valoriser également l'aspect de l'éducation à la santé et de la prévention qu'ils mettent en place de manière intuitive.

Il ne semble pas prioritaire pour les personnes ayant répondu à l'enquête, que la profession aide-soignante évolue vers plus d'actes techniques infirmiers ou change de niveau dans la grille des qualifications, voir de devenir des infirmiers de " premier niveau " de compétences.

Pour favoriser ces évolutions, quelle importance donnez-vous au rôle :


Très important Important Peu important Inexistant
Des organisations d'aides-soignantes
 X      
Des syndicats    X    
De la presse spécialisée      X  
Des organisations infirmières        X
Des aides-soignants individuellement  X      
Des tutelles (ex : Ministère de la santé)    X    

           
Il semblerait à la lecture de ces réponses que les aides-soignants comptent autant sur leurs organisations représentatives pour faire avancer leur profession qu'eux-mêmes. Il semble donc qu'ils considèrent pouvoir jouer un rôle pour la reconnaissance de leur profession dans leurs services respectifs. Il aurait été intéressant d'en savoir plus au sujet de ce rôle. Notons que dans ce classement les syndicats sont un peu en retrait. S'ils pensent que les infirmières ont leur part dans l'évolution de leur profession, les aides-soignants espèrent une oreille attentive de la part de leurs tutelles.

Paris, mars 2001

Pascal Macrez

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