Une profession en quête de reconnaissance

En effet, Il ressort souvent dans les débats lors de journées de formation nationale où se rencontrent les aides-soignants, un besoin de reconnaissance de cette profession. Ce sentiment est alimenté par le fait que l'aide-soignant cette " aide aux soins ", indispensable maillon dans la chaîne des professionnels aux chevets des patients, n'a pas de rôle propre. En effet, cette profession se sent enfermée dans la fonction infirmière, réduite aux soins délégués qu'elle exécute. Dès lors, les aides-soignants souffrent d'un déficit d'image et de fonction.

Il se manifeste donc dans la profession aide-soignante, un fort sentiment de manque de reconnaissance. Ce sentiment pourrait naître à différents niveaux.

Premièrement, pour Simone Timar, ancienne infirmière et directrice d'un établissement de soins, le métier d'aide-soignant est écartelé entre deux missions, la mission soin et la mission hôtellerie. La mission soin étant la mission essentielle de l'hôpital, elle est la plus valorisante pour l'aide-soignant. D'autre part, que l'on se penche sur le cas de l'infirmière, de l'aide-soignante et de l'A.S.H., chaque acteur a tendance à s'identifier à la profession supérieure (infirmière au médecin, aide-soignante à l'infirmière, l'A.S.H. à l'aide-soignante). Ceci favorise la germination d'un mal-être et crée un imbroglio dans les équipes soignantes hospitalières.

Deuxièmement ce sentiment de manque de reconnaissance peut se situer à un niveau sociologique comme l'affirme Anne Marie Arborio, sociologue à l'université d'Aix en provence. En effet, elle considère que la définition de la profession aide-soignante provient de cet ensemble de tâches délaissées par les infirmières et se pose la question de savoir si " les aides-soignantes participent elles au soin ou bien ne font elles que prendre en charge le " sale boulot " des professions anciennes et plus prestigieuses ? "

Effectuant des soins peu techniques, l'aide soignante valorise alors sa fonction dans la relation privilégiée qu'elle entretient avec le patient. Ce contact si proche avec les patients, serait la clef de leur fonction. Cette intimité avec le malade, assure à l'aide-soignant le monopole des relations affectives avec lui. Par les contacts et les soins quotidiens, l'aide-soignant acquiert un savoir profane qui lui permet d'évaluer les caractéristiques sociales des malades. Ce savoir profane des aides-soignants est-il bien utilisé par le milieu médical et par l'institution hospitalière où règne la neutralité du discours scientifique ? Cette non-valorisation de ce savoir par ce même milieu ne serait-il pas un aspect de ce sentiment de manque de reconnaissance ?

Dans cette analyse, rajoutons les commentaires de personnalités représentatives des organisations professionnelles, des tutelles et de la formation aide-soignante interrogées à ce sujet.

Ces entretiens ont mis en valeur, un manque dans la législation actuelle. Cette législation devrait reconnaître aux aides-soignants un exercice responsable et autonome. Pour ces personnalités, le statut flou de la fonction aide-soignante est à léorigine de ce désir de reconnaissance. Le problème trouve sa source dans le positionnement des aides-soignants par rapport à leur collaboration avec l'infirmière. Le manque de reconnaissance se situe donc au niveau de l'articulation de ces deux professions parce que les aides-soignants exercent dans le cadre du rôle propre infirmier. Souvent travaillant isolément et chargé de responsabilités importantes, l'aide-soignant trouve qu'il n'a pas assez de reconnaissance par rapport à ses responsabilités.

Paris, Mars 2001

Pascal Macrez

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