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La collaboration avec la famille de la personne âgée dépendante

Article Extrait de : L’aide-soignante • n° 111

Aide-soignant.com s’est associé aux éditions Elsevier Masson pour vous proposer une sélection d’articles issus de leurs deux revues aides-soignantes.

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La personne âgée, les membres de sa famille et les professionnels du soin doivent communiquer pour s’accorder sur la prise en charge. Chacun doit connaître son rôle et trouver sa place, sans oublier de consulter la personne dépendante.

Autour de la personne aidée, plusieurs intervenants évoluent : les aidants familiaux et les professionnels du soin. Comment faire pour que le soutien familial et l’aide professionnelle se complètent, ne soient pas source de conflit et restent au bénéfice de la personne aidée ? Aussi longtemps qu’il est possible, c’est la personne aidée qui doit garder le rôle de coordinateur entre les différents intervenants.

L’aide dont une personne âgée a besoin vient en complément de ses capacités mais ne doit pas faire oublier que c’est elle qui doit indiquer, plus ou moins clairement, ce dont elle a besoin et envie. Une personne âgée est chargée de toute son histoire, de tous ses souvenirs et de toutes sortes de menus objets qui la racontent. Elle reste un sujet désirant qui peut donner son avis.

Éclaircissement des rôles de chacun

Bien évidemment, la meilleure façon de coordonner les différentes aides est de demander à chacun quelles sont ses attributions. La présence d’une aide-soignante à domicile est prescrite par le médecin. Elle peut remplir un grand nombre de tâches, dans le cadre de ses compétences.

En revanche, certains actes sont réservés à l’infirmière. Il est donc inutile de les lui demander puisque ce serait la mettre en porte-à-faux par rapport au cadre réglementaire de son métier. De la même façon, un employé de maison n’est pas habilité à faire une toilette à une personne alitée. C’est donc seulement à partir du respect du cahier des charges établi que la coordination peut se mettre en place de façon satisfaisante. Il ne faut pas hésiter à prendre le temps, même de façon succincte, de préciser les différentes tâches de chaque intervenant professionnel, les jours, les horaires et autres détails qui paraissent importants. Les professionnels doivent se faire préciser à la fois par leur employeur institutionnel et par la famille de la personne dépendante ce que l’on attend d’eux. Cette mise au point initiale est l’occasion de dire si ce qu’on leur demande fait partie ou non de leur fonction.

De la même façon, cela permet aux membres de la famille d’indiquer ce qu’ils vont prendre en charge, et d’exprimer ce qu’ils se sentent capables de faire et ce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas faire.

Plusieurs méthodes, un même objectif

Pour chaque intervenant, l’une des difficultés est d’admettre qu’il existe de nombreuses méthodes différentes pour atteindre un même objectif et obtenir le résultat escompté. C’est un point important dans la relation qui s’instaure autour de la personne âgée car chacun de nous pense généralement que sa méthode est la meilleure – quand nous ne pensons pas qu’elle est la seule valable !

L’essentiel est de s’entendre sur l’objectif en admettant une certaine part de liberté dans la façon de procéder. Encore une fois, c’est la personne elle-même qui guidera ses interlocuteurs sur ce qu’elle souhaite.

Communiquer pour coordonner

La transmission des informations représente l’un des leviers d’une coordination fluide des différentes aides. Cela impose donc un compte rendu destiné à l’intervenant suivant, professionnel ou famille. Les faits objectifs et mesurables seront consignés, par exemples : la diurèse, la quantité de nourriture ingérée, la durée d’une promenade, la participation à un jeu de société, etc.

Les indications subjectives concernent plutôt l’état psychique de la personne âgée, la tonalité affective qui est la sienne au moment où l’aidant l’assiste. À domicile, le support le plus efficace est un simple cahier. Les feuilles volantes sont à éviter. L’intérêt du cahier est qu’il peut être lu et rempli par tous les intervenants. En cas de besoin, ce qui a été consigné les jours ou les mois précédents peut être relu afin de mieux comprendre la situation actuelle. En établissement d’hébergement, le dossier du résident est utilisé pour rassembler toutes les informations.

Complémentarité et non rivalité

La relation que chacun entretient avec la personne âgée est fonction de la personnalité des deux interlocuteurs. Il est important qu’une personne âgée puisse s’exprimer et être comprise. Autrement dit, il est préférable que les idées de la famille sur la personne âgée ne déterminent pas toutes les relations que cette personne pourrait avoir avec ses autres interlocuteurs, et en particulier les professionnels qui vont s’occuper d’elle. La famille est soucieuse de l’avenir de la personne âgée ; elle peut s’être fatiguée, voire abîmée, dans les soins à la personne. Tout cela biaise son regard sur leur aîné, qu’elle ne considère plus que comme un problème. Il arrive que les soignants découvrent avec plaisir des personnes âgées malicieuses qui réservaient un caractère bougon à leur famille ! Dans certaines situations où la parole a fait défaut, la famille inscrit la rivalité dans sa relation aux professionnels comme pour éliminer un sentiment de culpabilité qui l’envahit (« ils font ce que je ne peux pas faire ou ne veux pas faire, mais je leur en veux d’arriver à le faire »). C’est une façon de se défendre que d’accuser l’autre. Les soignants connaissent ce mécanisme et doivent éviter de tomber dans ce piège de la rivalité.

Conclusion

La famille doit nécessairement admettre que ce n’est pas parce qu’elle aime la personne âgée qu’elle sait mieux que les professionnels ce dont celle-ci a besoin. C’est priver la personne âgée de tout désir, de toute parole. C’est aussi l’empêcher de trouver plaisir ou agrément avec quelqu’un d’autre que soi. La famille doit aussi admettre que les professionnels ne vont pas capter toute l’affection de la personne âgée (ni ses biens matériels), que si quelqu’un s’occupe d’elle, ce n’est pas parce que la famille fait défaut : c’est un soutien qui permet de partager une tâche difficile. De même, les professionnels ne doivent pas se substituer à la famille qui connaît la personne aidée de longue date et peut donc donner des informations précieuses sur son histoire, ses goûts et ses habitudes (quitte à introduire un peu de nuance dans les propos de la famille parfois exagérés ou passionnels). Cela permet d’adapter au mieux la prise en charge de la personne.

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L’aide-soignante

Editeur : Elsevier Masson
10 n° par an
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Les rubriques :
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• Novembre 2009 • Article extrait de la revue L'aide-soignante n°111

Michèle GUIMELCHAIN - BONNET
psychologue, Paris (75)
mg.bonnet@orange.fr

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