Dossier :
Radioscopie de la profession aide-soignante
Quand les aides-soignants
témoignent !
Auteur : Pascal Macrez,
mars 2001
En l’an 2000, une enquête auprès
de 300 aides-soignants a été effectué sur le désir de reconnaissance
de la profession aide-soignante. Nous en publions ici les principaux
résultats avec leurs commentaires.
|
Comment êtes-vous
venu à la profession aide soignante ? |
|
· Par vocation du soin |
67 % |
| · Par
hasard ou opportunité |
22 % |
| · Pour
une autre raison |
5 % |
| · Après
des études d’infirmière interrompues |
4 % |
| · Pour
avoir un emploi stable |
2 % |
Il semblerait que c’est l’attrait
du soin qui attire les personnes vers cette profession. « La vocation
du soin » sous-entend-elle contact et aide aux malades ? D’après les
aides-soignants interrogés directement, c’est le cas.
| Qu’est-ce
que vous appréciez le plus dans cette profession ? |
| · La relation et le contact avec
les patients = 235 réponses |
| · Aider les autres et donner du
bien être = 52 réponses |
| · Les soins techniques = 19
réponses |
| · + d’autres réponses moins
souvent énoncées comme l’enrichissement personnel, le
travail non routinier et les actes de prévention et d’éducation. |
| Tableau
exprimé en «nombre de réponses » en raison de réponses
multiples possibles |
La relation et le contact avec le
patient sont ici de loin les aspects de la profession les plus
appréciés par les aides-soignants. Cette relation soignant/soigné qui
se situe à un niveau affectif est d’ailleurs l’aspect le plus
valorisé par l’aide-soignant.
| Qu’est-ce
que vous appréciez le moins dans cette profession ? |
| Le manque
de reconnaissance = 49 réponses |
| La charge
de travail importante = 41 réponses |
| Les
horaires difficiles = 39 réponses |
| Le manque
de temps pour la relation = 32 réponses |
| Faire le
ménage = 29 réponses |
| Côtoyer
la mort et la souffrance = 29 réponses |
| Les
problèmes dans l’équipe = 24 réponses |
|
+ d’autres réponses
moins souvent énoncées comme la limitation des actes autorisés le
rôle mal défini entre aides-soignants et infirmières, l’agressivité
des patients, le peu d’évolution de carrière possible, les salaires
insuffisants. |
| Tableau
exprimé en «nombre de réponses » en raison de réponses
multiples possibles |
A cette question, les réponses sont
nombreuses et variées.
En premier lieu est cité le manque de
reconnaissance accompagné de commentaires comme : « pas assez
écouté, manque de considération de la part de l'équipe, des
médecins voire des patients »
Ce qui ressort en deuxième plan, ce
sont les aspects de la charge de travail et des horaires difficiles. Ils
sont générés d’après les commentaires des aides-soignants par le
manque de personnel dans les services hospitaliers ainsi que le travail
du week-end et de nuit.
En troisième plan arrive le manque de
temps pour la relation. Cette réponse est en relation avec celle
concernant la charge de travail importante. En effet, dans les
commentaires tant écrits qu’oraux, les aides-soignants se sentent
frustrés de ne pas pouvoir passer plus de temps auprès des patients à
cause de cette charge de travail trop importante.
En quatrième plan apparaît le thème
du ménage. Dans le cadre de leur fonction, les aides-soignants sont en
charge de l’entretien de l’environnement du patient en nettoyant et
désinfectant la chambre du malade. Dans les réponses des
aides-soignants, il apparaît qu’en milieu hospitalier, les
aides-soignants sont de plus en plus sollicités à effectuer des
tâches ménagères au détriment des soins aux patients. Cela pourrait
être expliqué par les effectifs des agents de service hospitalier dont
la fonction est d’assurer l’hygiène des locaux qui restent stables
ces dernières années alors que les effectifs aides-soignants ont
augmenté de 38 % sur la même période1.
Le cinquième plan se situe à un
niveau émotionnel voir existentiel par rapport à la souffrance des
patients et à l’angoisse de la mort omniprésente dans les services.
C’est une charge émotionnelle qu’il faut apprendre à gérer dans
le quotidien du soignant.
Le sixième plan concerne la relation
dans l’équipe et ses difficultés. Les commentaires sont : «
ségrégation dans l’équipe, considérée comme bonne à tout faire
».
| Pensez-vous
qu’il y ait un manque de reconnaissance du travail de l’aide
soignant(e) ? |
|
Oui 70 % Non 23 %
Ne sais pas 7 % |
|
(Ces chiffres sont
calculés sur les gens ayant répondu à la question) |
| 15
% des personnes n’ont pas répondu à la question |
Le pourcentage de personnes (15%) n’ayant
pas répondu à la question me semble important. Cela peut
éventuellement s’expliquer par le manque de précision de la
question, notamment dans le sens que l’on peut donner au mot
reconnaissance.On peut s’interroger sur «le manque de reconnaissance
» par rapport à qui, à quoi ?
Malgré cette interrogation sur le
sens que l’on peut donner à ce mot, notons que les réponses à la
question obtiennent 70 % de oui (ramené à 60 % sur la totalité des
enquêtés).
D’ailleurs, j’ai remarqué
que les aides-soignants remplissaient rapidement cette question, surtout
quand il s’agissait de répondre oui.
| Si
vous avez répondu oui à la question précédente, pouvez-vous
me donner quelques exemples de ce manque de reconnaissance ? |
| Tableau
exprimé en «nombre de réponses » en raison de réponses
multiples possibles |
|
L’apport de l’aide-soignant
dans la relation aux patients/ au travail bien fait peu reconnus = 51
réponses
|
| Notre avis n’est pas
pris en compte, il n’y a pas de complémentarité dans l’équipe
= 37 réponses |
| On nous considère
comme du petit personnel, on n’a pas de responsabilités = 36
réponses |
| De plus en plus de
ménage, de - en - de soins = 34 réponses |
| L’administration
hospitalière connaît peu notre travail = 33 réponses |
| Les médecins nous
ignorent = 32 réponses |
| Les médias ne parlent
jamais de nous = 30 réponses |
| Le problème des primes
pour le calcul de la retraite = 29 réponses |
| Le problème de notre
statut et de l’évolution de notre carrière = 28 réponses |
| (39
personnes non pas répondues à la question) |
Dans cette question, le manque de
reconnaissance est précisé par les aides-soignants qui ont répondu
OUI à la question précédente.
La non-reconnaissance de l’apport de
l’aide-soignant dans la relation aux malades se détache. C’est une
relation importante aux yeux des aides-soignants puisqu’ils la relient
au sentiment du travail bien fait.
Ensuite sont citées comme réponse :
« l’avis des aides-soignants pas pris en compte » le sentiment d’être
traité comme «du petit personnel » et de ne «pas avoir de
responsabilité ». Ces aspects commencent à préciser ce sentiment de
reconnaissance qui existe dans cette profession.
Les thèmes du «trop de ménage »,
de la non-connaissance par l’administration de la fonction réelle des
aides-soignants et de l’indifférence des médecins enrichissent la
compréhension de ce besoin de reconnaissance.
| Selon
vous, le travail de l’aide-soignant auprès des malades,
est-il reconnu à sa juste valeur par ? |
| |
Bien |
| Les infirmier(e)s |
55 % |
| La hiérarchie |
50
% |
|
Les médecins |
26 % |
| Les paramédicaux |
27 % |
| Les patients |
64 % |
| La population |
29 % |
| Les tutelles |
28 % |
|
7 % des personnes n’ont
pas répondu à la question |
Les aides-soignants sont 50% à penser
que les infirmières comme les surveillantes reconnaissent leur travail
à sa juste valeur. Il semblerait donc que
par tendance pour les aides-soignants, le problème du manque de
reconnaissance ne se situe pas dans la vision de leurs supérieurs
hiérarchiques directs et indirects. Notons que ces supérieurs sont
proches des aides-soignants et connaissent bien la réalité de leur
travail.
En revanche, les aides-soignants sont
plus mitigés avec le corps médical qui reconnaît moyennement, voire
peu, l’apport de l’aide-soignant dans les soins. Cette analyse s’applique
également pour les autres professions paramédicales.
Concernant les chiffres des patients
on retrouve dans les 64% de réponses «bien »,
la relation privilégiée et intime qu’ont les aides-soignants avec
les patients.
Dans le « grand public », la
reconnaissance du travail de l’aide-soignant doit encore progresser,
selon les personnes interrogées mais c’est au niveau des tutelles que
les aides-soignants sentent le plus de carences. En effet, pour 34 % des
personnes interrogées, les tutelles reconnaissent peu l’apport des
aides-soignants dans les soins. Elles sont d’ailleurs 28% à penser
que les tutelles ne reconnaissent pas du tout cet apport.
| Pour
l’évolution de la profession, souhaitez-vous que : |
|
classement dans l’ordre
de préférence |
| La relation et l’écoute
du patient soient plus prises en compte dans le rôle de l’aide-soignant |
| Le rôle de l’aide-soignant
s’oriente plus vers des actes d’éducation et de
prévention |
| L’aide-soignant
intègre un futur corps infirmier de différents niveaux de
compétences |
| La rémunération
soit plus importante |
| L’aide-soignant
prenne en charge plus d’actes techniques infirmiers |
| La reconnaissance du
diplôme soit au niveau 4 (baccalauréat) |
Les réponses à cette question
précisent la tendance qui se fait jour au cours de cette analyse. En
effet, les aides-soignants souhaitent en premier que la relation et l’écoute
du patient soient plus prises en compte dans le rôle de l’aide-soignant.
Cet aspect de leur fonction étant l’aspect le plus valorisé par ces
professionnels, il leur paraît donc évident qu’il soit reconnu de
manière plus formelle.
Dans la même optique, étant les
interlocuteurs de «cœur » avec le patient, les aides-soignants y
voient l’occasion de valoriser également l’aspect de l’éducation
à la santé et de la prévention qu’ils mettent en place de manière
intuitive.
Il ne semble pas prioritaire pour les
personnes ayant répondu à l’enquête, que la profession
aide-soignante évolue vers plus d’actes techniques infirmiers ou
change de niveau dans la grille des qualifications, voir de devenir des
infirmiers de «premier niveau » de compétences.
|
Pour
favoriser ces évolutions, quelle importance donnez-vous
au rôle :
|
| |
Très
important |
important |
peu
important |
inexistant |
| Des
organisations d’aides-soignantes |
X |
|
|
|
| Des
syndicats |
|
X |
|
|
| De la presse
spécialisée |
|
|
X |
|
| Des
organisations infirmières |
|
|
|
X |
| Des
aides-soignants individuellement |
X |
|
|
|
| Des tutelles (ex
: Ministère de la santé |
|
X |
|
|
Il semblerait à la lecture de ces
réponses que les aides-soignants comptent autant sur leurs
organisations représentatives pour faire avancer leur profession qu’eux-mêmes.
Il semble donc qu’ils considèrent pouvoir jouer un rôle pour la
reconnaissance de leur profession dans leurs services respectifs. Il
aurait été intéressant d’en savoir plus au sujet de ce rôle.
Notons que dans ce classement les syndicats sont un peu en retrait. S’ils
pensent que les infirmières ont leur part dans l’évolution de leur
profession, les aides-soignants espèrent une oreille attentive de la
part de leurs tutelles.