L'agression d'un aide-soignant enflamme la communauté

Le 9 août 2015, un aide-soignant de l'hôpital Pellegrin à Bordeaux a été frappé au visage par le mari d'une patiente enceinte qui refusait qu'elle soit auscultée par un soignant masculin. Un événement qui n'a pas laissé la communauté aide-soignante indifférente comme en témoignent les commentaires sur Facebook.

poing coup cartonUn homme refusant que sa femme soit auscultée par du personnel médical masculin a donné deux coups de poing au visage d'un aide-soignant les 9 août 2015 aux urgences de la maternité de l'hôpital Pellegrin de Bordeaux. Le motif religieux a été évoqué dans plusieurs journaux, mais Dominique Dallay, chef du service de gynécologie-obstétrique du CHU, a précisé que les demandes de prise en charge de femmes par uniquement du personnel médical féminin sont un sujet récurrent dans les maternités, et pas uniquement pour des raisons religieuses, comme l'indique francetvinfo.fr. Un acte qui demeure, pour la communauté, incompréhensible et inadmissible, et qui a suscité de nombreux commentaires, mais aussi beaucoup d'animosité et de violence. Aucune agression, physique ou verbale, à l'encontre d'un soignant ne devrait rester impunie. Mais cela ne justifie aucunement la tenue de propos stigmatisants, voire racistes, comme l'ont souligné plusieurs internautes. En effet, comme l'indique Isabelle sur la page Facebook d'aide-soignant.com, « le droit à une auscultation gynécologique féminine est légitime. Un mari n'a pas le droit de décider pour sa femme, mais à la limite ça ne nous regarde pas. » Et d'ajouter « on ne sait pas pourquoi le ton est monté entre la secrétaire d'accueil et l'homme... De plus en plus de collègues oublient les valeurs fondamentales et se permettent des jugements. J'ai déjà été jugée pour mes tatouages et moralisée en secteur hospitalier, par contre quand ils apprennent que je suis une collègue le ton (et parfois la prise en charge ) change... Et c'est scandaleux ! »

Pour Manon « agresser le personnel, c'est mal. Qu'il aille en prison. Mais il y a plein de gens qui remettent en cause le fait que le couple ne souhaitait pas être examiné par un homme, moi je comprends. Enceinte ou pas, je ne suis pas extrêmement à l'aise avec un mec comme gynéco ou pratiquant des soins sur ma personne ». De son côté, Alphy considère que « nous sommes des soignants avant d'être des hommes ou des femmes. Ce qu'il y a dans le pantalon n'a aucune importance car nous ne somme pas censés en faire usage durant nos soins. Le patient n'a donc pas à s'en soucier, il ne devrait voir qu'une blouse. Se déshabiller devant un homme ou une femme qui nous est inconnu n'est jamais facile. Mais ça, c'est au patient de le gérer. Et à nous de faire au mieux pour lui faire oublier ce désagrément. Mais je ne crois pas que ça justifie la violence. C'est une conviction autre (religieuse) qui a provoqué ce débordement. Cependant, rien ne justifie un acte de violence contre un soignant qu'on est venu voir pour trouver de l'aide. Quand je suis devenu soignant, je ne pensais pas devoir utiliser aussi souvent mes connaissances en arts martiaux. Et pourtant, je n'ai pas géré que des cas psychiatriques. J'ai dû immobiliser des patients en colère, détourner des attaques et faire des clefs de bras un certain nombre de fois. C'était mon rôle quand j'étais encore maître en arts martiaux, mais je ne comprends pas que ce soit encore mon rôle en tant que soignant ».

Pour l'heure, l'aide-soignant et l'hôpital, au titre de personne morale, ont décidé de porter plainte pour « violences ».

La question de la laïcité à l'hôpital

Même si le motif religieux n'est pas avéré, la question de la laïcité au sein des établissements de santé fait débat. Le 17 juin 2015, la commission des usagers de la Fédération Hospitalière de France (FHF) a rendu un rapport sur la laïcité à l'hôpital et dans les établissements publics de santé et médico-sociaux. Elle rappelle à cet effet que la laïcité n'est pas une opinion ou une croyance mais la liberté d'en avoir une. Au-delà de la question des religions et identités culturelles, l'usager peut avoir des préférences et convictions qui doivent pouvoir être respectées au sein de l'établissement. Rappelons toutefois que respecter les croyances ou pratiques religieuses d'un patient ne doit pas aller à l'encontre de sa vie ou de son intégrité physique ou morale. Il est donc nécessaire de distinguer ce qui appartient au domaine de la consultation et à celui des urgences.

Le rapport révèle également qu'un tiers des établissements font part de situations problématiques rencontrées avec des usagers qui concernent :

  • le respect des croyances par les soignants et l'institution :
    • revendications sur une alimentation spécifique ;
    • méconnaissance des pratiques et rites funéraires ;
    • demande de prise en charge par des femmes uniquement.
  • la pratique du culte :
    • pratique de la prière ou d'offices religieux dans les espaces communs ou en chambre double ;
    • demande de lieux de culte spécifiques ;
    • demande d'un meilleur affichage des plannings des offices et de l'information d'une manière générale ;
    • demande de rénovation du lieu de culte ;
    • crèche de Noël.
  • le prosélytisme – entrisme (pas uniquement de mouvements sectaires).

Les problèmes liés à la question de la laïcité sont gérés au cas par cas et des solutions « négociées » sont généralement trouvées entre les différents acteurs. Pour la commission, il est nécessaire d'observer et d'analyser les situations délicates afin de mieux les anticiper. Elle souhaite également mettre l'accent sur la formation au principe de laïcité, qui est également demandée par bon nombres de professionnels de santé. Bien sûr, cela ne réglera pas tout, mais évitera peut-être de nombreux conflits… Et par les temps qui courent, il est d'autant plus nécessaire de les anticiper...

Aurélie TRENTESSE
Journaliste
aurelie.trentesse@infirmiers.com
@ATrentesse

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