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L'aide-soignant : la catégorie de « l'entre-deux »

« L'aide-soignant »… Dans les années à venir, l’évolution socio-économique et le vieillissement de la population nous entraîneront sans doute vers la plus grande prise en charge de la dépendance de tous les temps et le secteur de la santé devra recruter beaucoup d’aides-soignants. Défini dans le Dictionnaire de la pensée médicale comme appartenant à la « catégorie de l’entre-deux », l’aide-soignant, exposé en première ligne, devra voir la position très particulière de son statut professionnel préalablement clarifiée.

Toilette douche dame séniorUne refonte de la fonction de l'aide-soignant s’impose en effet pour accompagner l’évolution démographique de notre pays. Le Dictionnaire de la pensée médicale, qui met en évidence le maintien du flou dans les textes, indique qu’aucun contenu précis n’est associé à ce professionnel au regard de ses tâches. Un tel vide témoigne du fait que, faute de décret de compétence, l’aide-soignant ne jouit d’aucun rôle propre.

Savez-vous que, autrefois, par peur de se trouver privée de nombreux personnels, l’administration hospitalière a purement et simplement inventé une catégorie professionnelle ? Ainsi conçu en 1949, l’aide-soignant est aujourd’hui utile à tous ceux qui tirent le meilleur parti de lui, car il assume le travail délaissé par l’infirmière - toutes ces tâches appelées le « sale boulot ».

De nos jours, les secteurs d’activité de la santé et du social occupent une place considérable dans notre pays et la profession d’aide-soignant est sous tension, car un vieillissement important de la population est attendu. Malgré les difficultés, la mauvaise image véhiculée et le manque de reconnaissance, l’aide-soignant est fier de son métier. La rudesse du travail et la persistance de la crise du marché de l’emploi font émerger sa fonction parmi les professions dites « attractives ».

Certes, la relation humaine avec des personnes est très appréciée, mais le métier reste confronté à de grandes difficultés. Proches du patient, parfois interlocuteurs principaux, les aides-soignants ont beaucoup de mal à se faire accepter comme soignants à part entière. Dans une enquête européenne, il a été démontré que les conséquences de la pénibilité physique de leur travail sont une réalité et que l’exercice de leur fonction génère une usure ou un vieillissement prématuré. Cette même étude établit que, en milieu de soin, ils sont les plus exposés aux accidents du travail et à l’invalidité temporaire ou définitive.

D’après les textes, l’aide-soignant exerce sous la responsabilité et le contrôle de l’infirmière. Néanmoins, son travail ne subit pratiquement aucun contrôle. Bien faites, ses tâches ne sont presque pas visibles. Paradoxalement, ce travail ne se voit que quand il n’est pas accompli. À domicile, en huis clos, mis à distance de son employeur et de l’infirmière coordinatrice, l’aide-soignant affronte parfois des situations difficiles. En institution, en structures d’hébergement médicalisé, posté de nuit, il est seul à faire face à la prise en soin compliquée ou urgente. Dans ces moments-là, seuls le médecin traitant de garde et l’équipe du 15 sont à son écoute.

Il faut savoir qu’entre le « sale boulot », la pesante invisibilité et le manque de reconnaissance, les aides-soignants français n’ont pas de véritable place. Contrairement aux membres des autres professions paramédicales, ils ne sont pas reconnus en tant qu’acteurs centraux et distincts.

Aujourd’hui, plus d’un Français sur deux a une mauvaise opinion des maisons de retraite ; 79 % de nos compatriotes estiment qu’ils y placent leurs parents ou leurs grands-parents à contre coeur ; huit Français sur dix sont prêts à accepter les techniques ambulatoires de chirurgie pour ne rester qu’une journée à l’hôpital ; et 99 % de la population se disent en faveur du maintien à domicile des personnes âgées. Enfin, pour 83 % des Européens, le maintien à domicile des anciens est manifestement une priorité.

Les aides-soignants français forment un groupe social important qui possède une valeur intrinsèque. Le rôle qui semble leur revenir naturellement, « accompagner les personnes dans les actes essentiels de la vie et réaliser des soins d’hygiène et de confort », est indissociable de leurs activités quotidiennes. Ils sont en capacité de s’occuper non seulement du patient, mais aussi de l’individu malade dans sa globalité.

Une définition juridique de leur fonction propre est plus que souhaitable. Débarrassé de la tutelle infirmière et du rôle de collaborateur, devenant pleinement responsable de ses actes, l’aide-soignant trouvera sa place et sera reconnu au même titre que les membres des autres professions paramédicales. Il est issu d’un concept créé de toutes pièces, calibré sur l’individu, qui lui attribue un statut de subalterne. Asservi, employé au mieux, il n’offre donc que des avantages. Cela fait songer à un incontestable passé. Un décret de compétence serait juste. Il mettrait un terme au profit que l’un des deux groupes professionnels détient et entretient au détriment de l’autre, ce qui constituerait sans aucun doute un progrès marquant.

Bien identifiée dans un rapport de vassalité, cette catégorie peut être considérée comme un personnel non affranchi. Certains formateurs affirment que les composants des études « aides-soignants » ne sont pas en phase avec la réalité du terrain. Savez-vous qu’il y a une élévation du niveau scolaire à l’entrée de la formation d’aide-soignant et que l’on y trouve plus de 43 % de bacheliers ?

Les responsables et émissaires de la santé sont tout à fait conscients de la création, de l’invention de cette profession, et ce, depuis soixante-neuf ans. Les fausses apparences appelées « réaménagements de la fonction » ne sont ni plus ni moins que de la poudre aux yeux. Elles sont fixées par des arrêtés ou des circulaires souvent non publiés au Journal officiel. À quoi peuvent-elles servir, alors que l’on sait parfaitement que les contours de ce métier sont mal définis ? Certainement pas à aller vers un décret de compétence ! Contrairement à beaucoup de pays européens, la France laisse cette profession dans un vide réglementaire. Tant qu’elle ne légiférera pas à son sujet, elle l’exclura du Code de la Santé publique. Plusieurs députés ont vainement tenté de remédier à cette situation. On peut donc se demander si les représentants d’intérêts particuliers (lobbies) influenceront encore longtemps les décideurs publics dans le processus législatif, pour nous maintenir assignés à une domesticité soigneusement dissimulée et nous condamner à rester privés de décret de compétence. À la lecture de mon récit, les Français pourraient en perdre leur latin, car ils ne sont pas sans savoir, en tant que citoyens européens, que la reconnaissance est une composante importante dans la vie du travail. En conséquence, il est fondamental que le métier d’aide-soignant soit mis en avant pour s’inscrire dans un mouvement de refonte d’une nouvelle identité professionnelle.

Gérard Rémir 
Aide-soignant, vice-président de l’Union Française des Aides-Soignants (UFAS)
http://www.ufas.info

L'UFAS interpelle le Président de la République

Depuis 1994, date de sa création, l'Union Française des Aides-Soignants s'emploie à faire évoluer la profession pour qu'elle réponde aux besoins de la population et pour qu'elle soit revalorisée et reconnue.  Le professionnel le plus proche du patient, l'aide-soignant, exécute les soins de base nécessaires à l'entretien et à la continuité de la vie qui, jusqu'à ce jour, font partie du rôle propre infirmier. De ce fait, l'aide-soignant ne trouve pas véritablement sa place. (…) Cependant, dans les textes officiels qui encadrent la profession, l'exercice de l'aide-soignant se situe uniquement dans une collaboration au « rôle propre » de l'infirmier. Ceci entraîne l'aide-soignant dans une situation d'ambivalence, lui laissant penser faire ce que les autres délaissent, l'installant dans une position de subordination pénible au quotidien et le plaçant finalement dans un rapport de vassalité. Alors que les besoins en soins augmentent de plus en plus avec le vieillissement de la population et la dépendance qui en découle, qu'une pénurie d'infirmiers ne fait que croître, il est impossible de répondre positivement aux besoins des patients sans que les aides-soignants outrepassent le cadre légal de leur champ de compétences. (…) Depuis quelques temps, c'est un sentiment d'indifférence de l'Etat que les aides-soignants ressentent pour leur profession, mais également pour les conditions et la qualité de prise en charge de nos Anciens. Aussi, Monsieur le Président, quelles mesures comptez-vous prendre pour faire reconnaître la profession d'aide-soignant à sa juste valeur et remédier aux conditions de vie déplorables de toutes ces personnes qui ont participé à ce que la France est aujourd'hui ?

La suite de cette lettre signée par Thérèse PALLA, Présidente de l'UFAS, et Gérard REMIR, Vice-président, est à lire sur le site de l'UFAS

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