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Journées Francophones des Aides-soignants 2018

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Aides-soignants: les plus impactés par les arrêts de travail

Les établissements de santé demeurent l'un des secteurs d'activité où l'on compte le plus de recours aux arrêts maladie. Pourquoi ? Une récente étude la Drees donne des éléments de réponse, et ses résultats peuvent surprendre. Contrairement aux idées reçues, il n'y a pas de différence significative entre le public et le privé. Si les arrêts maladie sont plus fréquents, ce serait surtout dû aux conditions de travail ! Que ce soit au niveau physique ou émotionnel, la pénibilité au travail serait le facteur déterminant. Et certaines professions semblent plus touchées que d'autres...

Infirmier fatigue couloirLes arrêts maladie concernent davantage les établissements de santé que la plupart des autres secteurs. D'après les chiffres, les salariés hospitaliers déclarent 10 jours d'absence par an en moyenne contre 7,9 pour l'ensemble des travailleurs actifs tous secteurs confondus. Comprendre les raisons de cet absentéisme pourrait contribuer à identifier les marges de régulation possibles des arrêt des travail, souligne la Dress (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). Sans compter les responsabilités importantes des membres du personnel hospitalier : selon leur fonctions, leur absence temporaire n'est peut-être pas sans conséquence sur la continuité des soins ou l'organisation d'un service. C'est pourquoi la Dress s'est penchée sur le problème. Pour cela, elle a utilisé des données récoltées au cours de l'enquête Conditions de travail 2012-2013 qui offrent de précieuses indications sur les contraintes auxquelles font face les professionnels de santé.

La pénibilité au travail : principal facteur en cause !

L'accent a été porté sur deux facteurs principaux : les conditions de travail et l'indemnisation. En effet, de nombreux travaux internationaux ont tenté de mesurer l'impact de ces deux éléments sur les arrêts de travail. Si le secteur hospitalier a particulièrement suscité l'intérêt, en France, peu d'études ont démontré une corrélation entre les conditions de travail et l'absentéisme. En revanche, elles ont souligné les diverses contraintes auxquelles est soumis le personnel. Débordés, exposés à des produits nocifs, confrontés à la souffrance des patients, aux tensions, on en demande beaucoup aux soignants, qu'ils exercent dans la fonction publique ou dans le privé !

Premier constat de la DREES, la pénibilité du travail joue un rôle capital pour expliquer les différences de taux d'absentéisme. Le nombre d'arrêts maladie est très dépendant de la profession exercée. Les médecins et le personnel administratif se distinguent par un taux d'absentéisme nettement plus faible par rapport aux infirmiers, aux sages-femmes, et aux aides-soignants. Ceux qui comptabilisent le plus de recours aux arrêts de travail restent les agents d'entretien. Ces résultats demeurent significatifs quel que soit l'âge ou l'état de santé relatif des personnes ayant participé à l'enquête. Qu'est-ce qui peut expliquer de telles différences ? Les conditions de travail : bien plus difficiles pour les professionnels responsables de la continuité des soins que pour le personnel administratif. Les sages-femmes, infirmiers et aides-soignants restent les plus exposés à ces problématiques.

Nombre de jours d'absence déclarés pour maladie dans le secteur hospitalier
Source : DREES

Plus précisément, les contraintes physiques jouent un rôle prépondérant sur les arrêts de travail. « Rester longtemps debout » ou « effectuer des mouvements douloureux ou fatigants » demeurent les modalités qui varient le plus selon le métier. Juste après, viennent les « exigences émotionnelles » notamment le contact avec des patients en situation de détresse, la nécessité de dissimuler ses émotions ou de devoir calmer des usagers. Par contre, le salaire n'a aucun effet sur l'absentéisme.

Conditions de travail par profession dans le secteur hospitalier
Source : DREES

Si ces observations donnent déjà une idée de l'ampleur des arrêts maladie attribuables à la pénibilité du travail. L'impact de celle-ci pourrait être encore sous-évalué car les données actuelles ne prennent pas en considération les changements d'orientation dus à des conditions de travail trop délétères. Des salariés peuvent s'être dirigés vers des postes moins contraignants pour eux.

Les disparités des indemnisations font-elles la différence ?

La prise en charge des arrêts maladie est bien différente selon les établissements ou le statut du personnel. Le personnel de la fonction publique bénéficie du maintien de salaire en cas d'arrêt maladie après un délai de carence d'une journée qui vient juste d'être voté (voir encadré). D'autre part, aucun délai de carence n'est prévu pour les cadres dans le privé à but lucratif alors que ce délai est celui fixé par l'Assurance maladie (trois jours) pour les non cadres du privé à but lucratif comme pour tout le personnel exerçant dans le privé à but non lucratif. Toutefois, les conventions collectives des hôpitaux et cliniques privés prévoient souvent le versement d'indemnités complémentaires qui recouvrent la perte du salaire en cas d'arrêt maladie.

Logiquement, ces différences pourraient avoir un impact sur les absences. Cependant, d'après des études internationales, l'existence d'un délai de carence ne réduit en rien la durée totale des arrêts maladie. En réalité, ils réduisent les arrêts de courte durée mais augmente les arrêts longs. Ceci a également été constaté en France, dans le secteur privé, où l'on remarque que les salariés exposés à un délai de carence montrent des durées totales d'arrêts bien plus importantes que le personnel couvert. Les différences d'indemnisation, de protections de l'emploi ou les motivations intrinsèques n'auraient donc à première vue pas d'effet ou des effets compensatoires sur l'absentéisme.

Le jour de carence votée par l'Assemblée

Le 20 novembre dernier, les députés français ont entériné la disposition du projet de loi de finances pour 2018. Or, celle-ci prévoit de rétablir un jour de carence dans la fonction publique, ce qui signifie que, pour les fonctionnaires hospitaliers le premier jour d'arrêt maladie ne sera plus pris en charge. Déjà annoncée en juillet par le gouvernement, cette mesure très décriée par les syndicats de fonctionnaires est aussi largement critiquée par la gauche.  

Et pour cause, ce délai de carence d'une journée, c'est l'éternel boomerang, qui s'envole et qui revient avec l'alternance des gouvernements ! Déjà instauré en 2012 sous la présidence de Nicolas Sarkozy, il avait été supprimé par son successeur François Hollande en 2014. Aujourd'hui, s'il est à nouveau remis en place, ce serait par souci « d'équité » afin de rapprocher le public du privé. Sauf que, si trois jours de carence sont imposés pour la plupart des salariés du privé, l'employeur compense souvent la perte de rémunération. En octobre, le premier ministre Edouard Philippe avait évoqué un autre argument : il y a quelques années, il avait produit de remarquables résultats pour lutter contre l'absentéisme. Pourtant, les études révèlent que si les arrêts de courte durée avaient en effet diminué, les arrêts plus longs, eux, avaient augmenté.

Public ou privé : le recours aux arrêts maladie est quasi-identique

De manière générale, entre le public et le privé, contrairement aux indemnisations, les conditions de travail varient peu. Ce qui explique, du moins en partie, pourquoi le recours aux congés maladie est similaire dans les deux secteurs. Les salariés exerçant dans le public déclarent en moyenne 10,2 jours d'arrêts par an contre 9,6 jours pour le privé. Cet écart est d'autant plus négligeable que les établissements privés à but non lucratif affichent des taux d'absentéisme plus élevés que ceux à but lucratif avec 11 jours déclarés en moyenne.

L'enjeu de réguler au mieux les arrêts maladie n'est donc nullement spécifique à la fonction publique hospitalière, mais concerne bien la totalité des établissements de santé ! Ainsi, à structure de main d’œuvre, pénibilité au travail et santé du personnel comparable, la probabilité pour les membres du personnel des hôpitaux publiques de recourir à un congé maladie est quasi-identique.

Écart entre hommes et femmes : grossesse oblige !

Si de nombreuses données ont souligné un taux d'absentéisme des femmes, plusieurs hypothèses ont été avancées pour comprendre ce phénomène. Les différences d'état de santé, notamment les grossesses, la « double charge (professionnelle et domestique), la préférence pour la santé, les conditions de travail ou les réactions face à ces pénibilités » sont des pistes souvent évoquées. Des travaux récents ont suggéré que les grossesses successives seraient responsables de près de 40 % des écarts entre les sexes entre 21 ans et 45 ans. Face aux données de l'enquête, les statisticiens de la Dress ont divisé les populations en deux : les moins de 45 ans, chez qui ce facteur devrait jouer un rôle notable sur les arrêts de travail, et les plus de 45 ans où il ne devrait plus avoir d'incidence.

Les résultats sont conformes aux attentes : dans le groupe des moins de 45 ans, le nombre de jours d'arrêts est supérieur pour les femmes. En revanche, chez les plus de 45 ans, être une femme n'augmente pas le recours aux congés maladie. Ceci semble confirmer l'importance des grossesses dans la prise d'arrêts maladie chez la gent féminine, alors que la double charge et les comportements de santé plus préventifs n'auraient aucune influence, sinon le décalage entre les sexes resterait significatif après 45 ans.

Toutefois, les conditions de travail accroissent légèrement les écarts, même si, pour un métier donné, elles s'avèrent relativement homogènes que l'on soit un homme ou une femme. Des réactions divergentes face à des contraintes similaires ou des effets différenciées de certaines pénibilités, notamment physique, sur la santé féminine pourraient en être la cause.

Un travail exigeant et pénible, voilà ce que vivent les soignants, hommes et femmes ! Et c'est apparemment, pour cela qu'ils déclarent davantage d'arrêts de travail. Ô surprise ! Si l'enjeu de réguler l'absentéisme hospitalier est d'importance, les contraintes du personnel ne le sont pas moins. Alors peut-être serait-il temps de s'attaquer au fond du problème...

Absentéisme : les secteurs de la santé et de l'industrie les plus touchés

Selon une étude de l'assureur Malakoff Médéric, le nombre d'arrêts de travail chez les salariés du secteur privé a progressé entre 2010 et 2016. Les secteurs de la santé et de l'industrie sont les plus touchés. Si jusqu'en 2016, le secteur de la santé, exposé à de multiples souffrances, trônait en haut du podium de l'absentéisme avec 40,9 % du personnel touché au moins une fois dans l'année par un arrêt maladie, ce chiffre a reculé et le secteur industrie-BTP, plus exposé aux accidents du travail, est passé en tête avec 38,9 % de salariés arrêtés. L'étude rappelle qu'avec 16,6 jours d'absence en moyenne sur l'ensemble de la population active, la France n'est pas championne d'Europe. L'Italie la devance avec 19 jours en moyenne. Suivent l'Allemagne (15,2 jours en 2015), l'Espagne (10,7 jours) et la Grande-Bretagne (5 jours). Mauvaise élève en Europe, la France est logiquement celle qui paie le plus lourd tribut à l'absentéisme. Public et privé confondus, le nombre de journées d'arrêt de travail a augmenté de 7,5 % entre 2010 et 2016. Coût estimé par la Caisse nationale de l'assurance maladie (Cnam) ? 7,1 Mds€ en 2016 !

* Réalisée entre octobre 2016 et juin 2017, à partir d'un sondage de l'Ifop mené auprès de 2 505 salariés, de questionnaires proposés à 300 médecins par Future Thinking et de l'analyse des déclarations annuelles de salariés des 1 600 entreprises clientes de l'assureur, soit 2 millions de salariés.

En savoir plus sur les conclusions de cette enquête sur leparisien.fr

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