Publicité
Les offres d'emploi
Journées Francophones des Aides-soignants

Découvrez les rendez-vous incontournables des Aides-soignants.

Publicité

Contenir ? Oui mais pour qui, pourquoi, comment et pour quoi faire ?

La contention relève d’une contrainte qui interroge les étudiants en santé qui l’associe à la maltraitance, à l’usage de la force, au consentement, aux gestes du “prendre soin”. Que ce soit dans une unité psychiatrique, en pédiatrie ou en Ehpad, les futurs soignants ont-ils suffisamment de connaissances mais aussi de liberté pour décider ?

D’après le Dictionnaire de l’Académie française, la contention est une "tension forte et prolongée des facultés intellectuelles appliquées à un objet”. Par extension  et dans l’usage chirurgical, il s’agit d’un “maintien en place des fragments d'un os fracturé ou d'une articulation luxée par des moyens internes (vis, broche…) ou externes (attelle, plâtre…)”. Dans le domaine psychologique, nous parlons de l’immobilisation d’un individu plutôt dangereux (avec soit la camisole physique ou la camisole chimique) ou d’une personne vulnérable qui nécessite un soin (personnes âgées, enfants, personnes hospitalisées en unité psychiatrique…). Ceci implique un impact chez le sujet ayant été contraint.

Contention litPour le Dictionnaire infirmier de psychiatrie1, la contention désigne « l’utilisation de liens pour attacher les poignets et les chevilles du patient à son lit. Au même titre qu’un traitement,la contention nécessite une prescription médicale.Les liens doivent répondre à des critères de solidité (ils ne doivent pas provoquer de lésions cutanées) et avoir un système de fermeture non accessible par le patient ». Dans le champ psychiatrique, la loi sur la modernisation du système de santé2 du Code de la Santé publique stipule que c’est une pratique de dernier recours et intervient « pour prévenir un dommage immédiat ou imminent pour le patient ou autrui, sur décision d'un psychiatre, prise pour une durée limitée. Leur mise en œuvre doit faire l'objet d'une surveillance stricte confiée par l'établissement à des professionnels de santé désignés à cette fin ».

Il existe plusieurs types de contentions: pharmacologique, psychologique, architecturale et physique. Catherine Karnycheff3 distingue deux types de contentions physiques :

  • la contention posturale, qui participe au maintien d’une attitude corrigée dans le cadre d’un travail rééducatif ;
  • la contention active, réalisée par un kinésithérapeute qui prépare la verticalisation après une période d’immobilisation.

Ces deux types de contention sont à distinguer de la contention passive. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), la contention physique est dite passive quand elle relève de « l'utilisation de tous moyens, matériel, méthode ou vêtements empêchant ou limitant les capacités de mobilisation volontaire de tout ou une partie du corps, dans le seul but d’obtenir de la sécurité pour une personne qui présente un comportement estimé dangereux ou mal adapté ». Ces mesures, même si elles peuvent être exceptionnelles, théorisées et légiférées, interrogent l’éthique des pratiques soignantes. En effet, selon le code de déontologie des infirmiers, le consentement est nécessaire, libre et éclairé pour tous les soins, dans tous les secteurs (gériatrie, psychiatrie, urgences, pédiatrie…). Il existe malheureusement des dérives en la matière. La juriste Carène Ponte4 rappelle le référentiel édité par la HAS pour en limiter les usages :

  • La contention est réalisée sur prescription médicale et ses raisons inscrites dans le dossier du patient.
  • La prescription est faite après l’appréciation, par l’équipe pluridisciplinaire, du rapport bénéfice/risque pour le sujet âgé.
  • Une surveillance est programmée et retranscrite dans le dossier du patient. Elle prévient les risques liés à l’immobilisation et prévoit notamment les soins d’hygiène, la nutrition, l’hydratation et l’accompagnement psychologique.
  • La personne âgée et ses proches sont informés des raisons et des buts de la contention. Leur consentement et leur participation sont recherchés.
  • Le matériel de contention sélectionné est approprié aux besoins du patient. Il présente des garanties de sécurité et de confort pour la personne âgée. Dans les cas de contention au lit, le matériel est fixé sur les parties fixes, au sommier ou au cadre du lit, jamais au matelas ni aux barrières. Dans le cas d’un lit réglable, les contentions sont fixées aux parties du lit qui bougent avec le patient. En cas de contention en position allongée, les risques liés aux régurgitations et aux escarres sont prévenus.
  • L’installation de la personne âgée préserve son intimité et sa dignité.
  • Selon son état de santé, la personne âgée est sollicitée pour effectuer des activités de la vie quotidienne et maintenir son état fonctionnel. La contention est levée aussi souvent que possible.
  • Des activités, selon son état, lui sont proposées pour assurer son confort psychologique.
  • Une évaluation de l’état de santé du sujet âgé et des conséquences de la contention est réalisée au moins toutes les 24 heures et retranscrite dans le dossier du patient.
  • La contention est reconduite, si nécessaire et après réévaluation, par une prescription médicale motivée toutes les 24 heures.

Comme le souligne enfin Évelyne Malaquin-Pavan (et al.)5, La contention est une décision qui “requiert un savoir-faire soignant bientraitant, base d’une mise en confiance optimisant ses ressources physiques et psychiques. Le décodage clinique, l’approche soignante et l’ergonomie gestuelle favorisent la prévention des risques liés à la perte d’autonomie, quelle qu’en soit la sévérité”. La contention relève d’une contrainte qui interroge les étudiants en santé qui l’associe à la maltraitance, à l’usage de la force, au consentement, aux gestes du “prendre soin”. Que ce soit dans une unité psychiatrique, en pédiatrie, les futurs soignants ont-ils suffisamment de liberté pour décider ?

Notes

  1. Stefka Ivanov-Mazzucconi, Emmanuel Digonnet et al. Dictionnaire infirmier de psychiatrie. Elsevier-Masson. 2005
  2. Code de la Santé publique. 26 janvier 2016, en son article 72, modifie l’article L3222-5-1
  3. Catherine Karnycheff. La contention physique, une pratique à modérer et à surveiller. L'aide-soignante. Vol 23, N° 106 - avril 2009. pp. 19-20
  4. Carène Ponte. Quelle est la réglementation en matière de contention ?. Soins Aides-Soignantes. Vol 3, N° 8 - février 2006. p. 10
  5. Évelyne Malaquin-Pavan (E. Malaquin-Pavan et al. 2015) Mobilisation, chutes et contention. Soins Aides-Soignantes. Volume 12, numéro 66. septembre 2015. pages 31-32.

Christine PAILLARD
Ingénieur pédagogique
Rédactrice Infirmiers.com
christinepaillard@gmail.com

Partagez cet article sur :