Publicité
Les offres d'emploi
Journées Francophones des Aides-soignants 2018

Découvrez les Journées Francophones des Aides-soignants, le rendez-vous annuel incontournable pour tous les aides-soignants. Les 25 & 26 janvier 2018 à Paris.

Publicité

Dans le couloir… L'union fait la force !

Nous l'avons découvert récemment et il ne pouvait en être autrement que de partager les histoires qu'il nous raconte. Sur sa page facebook intitulée « Dans le couloir... », cet aide-soignant nous ouvre une à une les portes des chambres de son service de soin et raconte. Derrière chacune d'entres elles se cachent des histoires et des vies différentes ... » Régulièrement nous publierons ces jolies chroniques, une invitation qui vous est faite pour les découvrir et les aimer !

Dans le couloir…

Aide-soignant diplômé en 2013, il a toujours exercé à l'hôpital. « Je prends plaisir à être le spectateur assidu de mes meilleurs acteurs : les patients et le personnel soignant. Ce contact me permet d'apprendre beaucoup sur l'humain, ses travers parfois, les cultures du monde, les difficultés du quotidien... Cet apprentissage de la vie, j'en garde une trace depuis cinq ans. Dans un carnet qui me sert d'exutoire, je relate des anecdotes professionnelles. Depuis, j'essaie de formaliser cela sur un support accessible et ludique. C'est ainsi que j'ai créé une page Facebook sur laquelle je délivre régulièrement une histoire courte. Parfois humoristiques, parfois touchantes, elles sont le reflet du quotidien d'un aide-soignant travaillant à l'hôpital. Pourquoi avoir choisi comme nom "Dans le couloir" me direz-vous ? A la fois une entrée et une sortie, cet élément anodin d'un service représente le passage et c'est, à mon sens, l'essence même de l'hôpital. Passeur d'âmes et passeur d'histoires je souhaite faire découvrir ce monde troublant. »

Chambre 127

ballons s'envolent dans le cielEn début d'après-midi, c'est l'effervescence au cœur de la 127. Depuis ce matin, la chambre double a été vidée. Elle change de visage et se transforme en un univers fleuri et parfumé. Oubliés les lits, les vieilles tables d'appoint et les murs jaunis, l'âme de l'hôpital s'efface et l'atmosphère s'imprègne du bonheur de l'instant. Cette animation inhabituelle n'est pas le fruit du hasard, nous la devons à un événement spécial : un mariage. Un moment singulier pour un lieu qui ne se prête pas à de telles festivités.

Tout le monde est de connivence, de l'équipe soignante à la direction. Dans certaines situations, la science bat en retraite et il ne nous reste plus qu'à exaucer les désirs de nos patients… En effet, à la lecture des comptes-rendus médicaux successifs, il subsiste aucun doute sur l'issue fatale qui attend Monsieur Y. Ce dernier, atteint depuis un an et demi d'un cancer pulmonaire, vient d'entrer dans la phase palliative et terminale de son combat. Comme il a fréquenté assidûment notre service pour ses multiples cures de chimiothérapies, cela nous a donné l'occasion de tisser des liens qui dépassent le simple cadre de la relation soignant-soigné. Durant ses nombreuses hospitalisations, nous avons fait connaissance et sommes entrés dans le cercle de ses proches. Au fil des mois, c'est toute la famille qui nous est présentée ! Nous nous apercevons que c'est une famille unie par l'épreuve, qui fait bloc autour de Monsieur Y.

Une seule personne se détache du lot par sa discrétion, c'est son ami qui reste près de lui. D'un sourire éclatant, d'une élégance parfaite, ayant toujours un petit mot pour chacun, il fait chavirer les cœurs de quelques collègues féminines. Goguenard, Monsieur Y. leur lance : « Tu peux regarder, mais tu ne touches pas ! ». En effet, les deux hommes forment un couple et cela depuis vingt ans.

Un matin, alors que je l'aidais à l'habillage, il me fait part d'un souhait : celui de s'unir avec sa moitié. Surprise, certes, mais surtout, interrogation de ma part. En effet, je n'en avais jamais entendu parler de ce projet auparavant.  Devant mon regard insistant, il me lance : « De toute façon, c'est la dernière chose que vous pourrez faire pour moi ! », je ne sais que répondre.

« Tout le monde est de connivence, de l'équipe soignante à la direction. Dans certaines situations, la science bat en retraite et il ne nous reste plus qu'à exaucer les désirs de nos patients… »

L'idée fait son chemin et l'équipe paramédicale s'improvise wedding-planner. Chacun hérite d'une tâche bien précise. L'excitation des préparatifs gagne tout le monde, y compris le patron ! Il fallait le voir discuter longuement avec nous de son choix de cravate durant la visite des patients, demandant au passage des avis éclairés aux patientes surprises. Hélas, fin de vie et bonheur ne forment pas, eux, un couple parfait et les derniers résultats d'examen confirment cela : les globules blancs se font la malle et un syndrome inflammatoire pointe le bout de son nez. Ce duo perdant provoque chez notre futur marié de grosses périodes de latence où la fatigue l'assomme des heures durant.

Deux jours avant la cérémonie, branle-bas de combat ! Le chef de service déboule dans la salle de staff et, pour seule consigne, il ordonne aux médecins : « Vous me gardez Monsieur Y. en bon état jusqu'à son mariage. Après, advienne que pourra ! Il faut que ce soit SA journée ! ». Sa grosse voix a dû résonner jusqu'au crabe qui s'est recroquevillé de peur car, le jour J., notre jeune marié est resplendissant… Il faut dire que nous avons mis le paquet côté préparatif. Comme Monsieur Y. ne pouvait pas tenir debout trop longtemps, nous lui avons customisé un fauteuil roulant aux couleurs de son thème pastel. Depuis une heure, les aides-soignantes et les infirmières passent à tour de rôle pour l'habiller et le coiffer, ôter ou dissimuler les dispositifs médicaux. A la sortie de la chambre, c'est un Monsieur Y. souriant et fringuant qui nous apparaît.

Qui dit journée exceptionnelle, dit organisation exceptionnelle. C'est dans cet esprit que toute l'équipe, y compris les personnels en repos, s'est jointe à nous pour préparer la chambre transformée en chapelle-salle de cérémonie. La décoration est sublime. Parfaitement organisée, la petite pièce est prête à accueillir la dizaine de témoins privilégiés de cette union. Des bouquets de roses aux couleurs pastels embaument l'atmosphère et de gros nœuds habillent le patchwork de chaises récupérées ici et là : c'est superbe ! La courte cérémonie est particulièrement émouvante. Installé derrière un autel improvisé, l'adjoint au maire, amusé, officialise le mariage sous un tonnerre d'applaudissements. Alors que nous partageons une coupe de champagne, les jeunes mariés trinquent avec moi. Souriant, Monsieur Y. me gratifie d'une pensée : « La vie, c'est comme une chimiothérapie, on veut qu'une chose : que ça passe vite ; c'est tantôt euphorisant, tantôt douloureux. Malgré cela, je veux qu'on me l'administre totalement, jusqu'à la dernière goutte ! Alors, vive la vie ! ».

Dans le couloir·mardi 19 septembre 2017

Partagez cet article sur :