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Dans le couloir - Donne-moi ta main...

Nous l'avons découvert à l'automne 2017 et il ne pouvait en être autrement que de partager les histoires qu'il nous raconte. Sur sa page facebook intitulée "Dans le couloir...", cet aide-soignant nous ouvre une à une les portes des chambres de son service de soin et raconte. Derrière chacune d'entre elles se cachent des histoires et des vies différentes... Régulièrement nous publions ces jolies chroniques, une invitation qui vous est faite pour les découvrir et les aimer !

Dans le couloir…

Aide-soignant diplômé en 2013, il a toujours exercé à l'hôpital. "Je prends plaisir à être le spectateur assidu de mes meilleurs acteurs : les patients et le personnel soignant. Ce contact me permet d'apprendre beaucoup sur l'humain, ses travers parfois, les cultures du monde, les difficultés du quotidien... Cet apprentissage de la vie, j'en garde une trace depuis cinq ans. Dans un carnet qui me sert d'exutoire, je relate des anecdotes professionnelles. Depuis, j'essaie de formaliser cela sur un support accessible et ludique. C'est ainsi que j'ai créé une page Facebook sur laquelle je délivre régulièrement une histoire courte. Parfois humoristiques, parfois touchantes, elles sont le reflet du quotidien d'un aide-soignant travaillant à l'hôpital. Pourquoi avoir choisi comme nom "Dans le couloir" me direz-vous ? A la fois une entrée et une sortie, cet élément anodin d'un service représente le passage et c'est, à mon sens, l'essence même de l'hôpital. Passeur d'âmes et passeur d'histoires je souhaite faire découvrir ce monde troublant. " fin encadré

Chambre 182

Les mains sont au soin ce que l’artisan est à l’art : une forme physique de ce lien entre le cœur et l’esprit. Elles sont pour tous les soignants un outil de travail incontournable. C’est par elles que nous exerçons notre savoir-faire et un rien leur suffit à effacer ou à dévoiler les aspérités de la matière humaine qui se tient quotidiennement entre nos mains. Pour en faire profiter pleinement l’autre, aussi incroyable que cela puisse paraître, nos extrémités aux phalanges potelées doivent être au centre de toutes nos attentions en bénéficiant, elles-aussi, de soin. En effet, irritées, gercées, chaudes ou froides, nos mimines peuvent être parfois le seul contact humain approchant des corps qui ont oublié la puissance d’un geste insignifiant : le toucher.

“Donne-moi ta main” - Madame S., allongée sur son lit d’hôpital, a les yeux mi-clos et l’on perçoit déjà les râles respiratoires. Ces derniers annoncent, sans tambours ni trompettes, le prélude du requiem monocorde de la fin de vie. De plus, ses gestes lents et fatigués trahissent l’inexorable défaite de son corps face au cancer du poumon contre lequel Madame S. se bat depuis huit mois. Face au mystère du grand voyage, Madame S. déborde d’appréhension mais, peu à peu, ce sentiment mêlé de peur et d’anxiété, se dissipe pour laisser place à des visions pré-mortem que seul Madame S. perçoit. Celles-là lui placent dorénavant un pied vers l’au-delà. De ces mains, ressemblant à des pinces s’ouvrant et se refermant sur le vide, elle ne cherche plus à infléchir la puissance absorbante du néant mais plutôt à ce que nous l’aidions à franchir paisiblement le seuil de la vie à la mort. Tendant péniblement vers moi une main décharnée et translucide, elle attrape avec force mon poignet qui contraste avec l’aspect amaigri et grisâtre de celui de Madame S.

“Donne-moi ta main” - Il est deux heures du matin, voilà un petit moment que nous nous tenons près d’elle. Tandis que ma collègue lui passe un gant frais sur le visage tout en lui caressant sa chevelure éparse, je lui tiens calmement sa main de plus en plus cyanosée. Notre présence, dont nous nous efforçons d’être la plus rassurante possible, semble apaiser son angoisse et les crispations de son visage laissent place à un faciès un peu relâché. Toutefois, les inspirations espacées de pauses respiratoires deviennent de plus en plus pénibles et, quelques minutes après, nous sentons Madame S. plonger définitivement vers l’inéluctable conclusion. Un dernier râle, plus silencieux que les autres, puis, plus rien. Madame S. nous a quitté.

“Donne-moi ta main” - Comme si Madame S. nous autorisait à prendre du repos après l’avoir emmené on ne sait-où, ces deux mains lâchèrent tranquillement prise. Nous arrêtons l’humidificateur d’oxygène, lui enlevons tous ces dispositifs médicaux, la peignons, la réinstallons... Malgré son visage émacié, Madame S. affiche un air paisible figé pour l’éternité que nous observons silencieusement et respectueusement. “Elle est belle”, souffle ma collègue.

A la façon d’un artisan qui se frotte les mains après avoir achevé une belle oeuvre, je peux tout simplement reconnaître une chose. C’est dans ce moment où la maladie exprime sa laideur la plus déformée et expressive que, nous les soignants, l’on peut y trouver de la beauté. Car, en tendant simplement notre main vers l’autre, nous touchons bien plus qu’une peau, nous pénétrons le cœur des Hommes et, ce que nous en retirons, c’est d’abord ce qu’il y a de plus beau !

Ecouter la chanson "Sa raison d'être"

Cet article a été publié sur la page facebook "Dans le couloir Pensées d'un aide-soignant" le 27 octobre 2018

Après une page Facebook consacrée à ses publications, Alexis Bataille a décidé de sortir son livre "Dans le couloir, pensées d’un aide-soignant". Au fil des chapitres, il y pousse les portes des chambres de l’hôpital et raconte sa relation avec les patients qui l’ont profondément marqué.
"Dans le couloir, pensées d’un aide-soignant" d’Alexis Bataille; livre paru aux éditions Librinova; prix : 2,99 euros.

Bernadette FABREGAS
Rédactrice en chef Infirmiers.com et aide-soignant.com

@FabregasBern

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