A l'Ehpad de Notre-Dame-de-Monts, la centenaire console les soignants en pleurs !

Burn-out, dépression, troubles musculo-squelettiques... Depuis plusieurs mois, près d'un quart de l'effectif de l'Ehpad municipal de Notre-Dame-de-Monts, en Vendée, est en arrêt. Soit quinze personnes sur cinquante-cinq, y compris la directrice de l’établissement. Lequel se situe justement rue des Quenouilles. Vous connaissez l'expression... partir en quenouille...

Le médecin coordonnateur, lanceur d’alerte

Sur les réseaux sociaux, le médecin coordonnateur de l'établissement depuis vingt ans, Dr Marcellin Meunier, tire la sonnette d’alarme depuis le 7 mai dernier. Il a recueilli une vague de soutiens et d’encouragements de la part de la communauté soignante. Nous l’avons interrogé : Je ne peux plus cautionner ce système de maltraitance... Je suis médecin ! Je vois tous les jours des soignants pleurer. Le personnel est maltraité, épuisé. Mais il reste exceptionnellement professionnel et engagé. Les absences, de plus en plus nombreuses du fait de la situation, ne sont pas remplacées. Les toilettes ne sont pas toujours faites à cause du manque de personnel. Les résidents doivent faire leurs besoins dans leurs garnitures. Il n'y a presque plus d'animation, plus de temps pour faire manger les gens. Alors on les gave parce qu'on n'a pas le temps. J'ai peur qu'un des employés mette fin à ces jours. Je ne veux pas qu'on en arrive là !

"Ce n’est pas facile de voir des collègues s’écrouler en sanglots. Cela fait des mois que nous alertons sur la situation. Nous sommes une équipe très soudée, heureusement. Mais tout cela est tellement dommage, et rageant !"

Maltraitance institutionnelle

Le médecin relate les visites successives des soignants au bout du rouleau à la doyenne de 98 ans de l'établissement. Tous l’appelent Marylin Monroe. Elle a connu la guerre. Elle écoute à présent leurs souffrances avec bienveillance et les console. Certains doivent venir le matin tôt puis le soir aux heures de charge maximale, pour revenir le lendemain matin à 6h. Les vingt-sept plannings différents changent du jour pour le lendemain. Le peu de personnel syndiqué voit ses bulletins de salaire visés personnellement par le maire, président de l'établissement. Lors des congés, les soignants ont également pour consigne de rester à côté de leur téléphone pour remplacer les collègues en cas d'arrêt.

Une infirmière pour 80 résidents, sans cadre ni direction

Lucile Biron est la seule infirmière restant au sein de l’établissement, pour quatre-vingt résidents. Nous n’avons plus de cadre infirmier ni directrice. Nous courons tout le temps. La pression est permanente. Il faut soutenir tout le monde. Ce n’est pas facile de voir des collègues s’écrouler en sanglots. Cela fait des mois que nous alertons sur la situation. Nous sommes une équipe très soudée, heureusement. Mais tout cela est tellement dommage, et rageant ! Moralement, c’est très dur. Et fin mai, les contrats de trois personnes ne seront pas renouvelés… Même si les soignants et agents sociaux enchaînent les heures supplémentaires et font de leur mieux pour les résidents, l’accompagnement s’en ressent.

Une résidente se brise la clavicule

Il arrive que des résidents ne soient pas douchés pendant trois semaines. Les repas sont donnés au pas de charge. A cause des sous-effectifs, nous sommes souvent seuls pour utiliser le lève-malade alors qu’il faut être deux. De ce fait, une résidente de 75 ans s’est cassée la clavicule. L’aide-soignante était seule pour la lever. Nous ne pouvons pas passer de temps avec les personnes âgées alors qu’elles ont besoin de notre présence et de notre écoute. Nous avons toujours l’oeil rivé sur la montre. C'est terrible de travailler dans ces conditions…

Les départements pointent le manque de moyens accordés par l’Etat

De leur côté, les autorités de tutelle, ARS et Conseil départemental, ne répondent pas aux appels au secours du médecin, déplore-t-il. La pression médiatique accélèrera-t-elle le calendrier ? Joint, le Conseil départemental déclare s’être réuni le 15 mai avec l’ARS et le président du CCAS afin d’agir rapidement d’ici fin juin. Isabelle Rivière, vice-présidente du Conseil départementale, renvoie la responsabilité au président gestionnaire du CCAS et maire de la commune, Raoul Grondin (que nous n’avons pas réussi à joindre). Et défend ce faisant le département : Donnons aux départements les moyens d’accompagner les Ehpad !

"On nous dit : c'est partout pareil. Eh bien non, moi je ne serai pas maltraitant. Soit on me donne des moyens, soit j'arrête. Ce n'est plus un choix médical, c'est un choix de société. Nos Ehpad sont des bombes à retardement" - Marcellin Meunier"

Une loi pour les Ehpad à l’automne 2019

En juin prochain, la ministre de la Santé Agnès Buzyn devrait annoncer une stratégie globale en faveur de la bientraitance des personnes les plus vulnérables. A l’automne, elle devrait également annoncer une nouvelle « grande loi » sur la dépendance, a-t-elle déclaré lors de la remise du rapport de Dominique Libault le 28 mars dernier. Ses priorités : qualité des prises en charge, baisse du reste à charge en établissement et revalorisation des métiers du grand âge.

Rapport Libault : pour une hausse de 25 % des équipes en Ehpad

Le rapport Libault, dont devrait s’inspirer la nouvelle loi, plaide pour une hausse de 25 % du taux d’encadrement en Ehpad d’ici 2024 par rapport à 2015, soit 80 000 postes supplémentaires, pour une dépense de 1,2 milliard d’euros. Une primeur accordée aux Ehpad alors que les associations professionnelles la réclament depuis plus d’une décennie. Ce volet de la loi d’adaptation de la société au vieillissement avait, sous la présidence de François Hollande, été repoussé, au bénéfice du maintien à domicile.

Marie PRAGOUT
Journaliste
mariepragout@gmx.fr

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