L‘empathie des soignants aurait un effet placebo

Le comportement des soignants agirait sur l’efficacité des traitements médicamenteux. C’est du moins ce que suggère des travaux récents menés par deux psychologues américains. Quand le soutien d’un soignant est évalué par des essais cliniques, on peut avoir des surprises. Apparemment, interagir avec le patient, et surtout l’encourager, optimisent grandement les effets du traitement. En réalité, sans le côté relationnel l’effet placebo pourrait s’avérer quasi-inexistant…

L‘empathie des soignants aurait un effet placebo

Il est toujours plus agréable pour les patients d’avoir affaire à des soignants qui paraissent sympathiques. Mais si ce n’est pas le cas, cela n’a a priori aucune influence sur leur santé. Pas si sûr…  Selon des travaux réalisés par deux psychologues de l’université de Stanford, être pris en charge par un professionnel de santé chaleureux et rassurant peut améliorer la santé des patients !

Dans un article paru récemment dans le New York Times, les deux chercheurs expliquent comment plusieurs essais cliniques qu’ils ont menés démontrent que les mots employés par le soignant (un médecin dans l’étude) et la manière dont il les dit peut faire une différence dans l’amélioration de l’état global du patient.

La première impression du patient loin d’être anodine

Le premier essai clinique incluait 76 participants à qui l’on a fait un test cutané pour les allergies. Le praticien a déposé sur leur avant-bras de l’histamine, celle-ci entraînant généralement une réaction hypodermique (démangeaisons et rougeurs). Le but était de voir si le comportement du médecin avait une influence sur l’ampleur de la réaction allergique.

Les candidats ont donc été divisés en deux groupes : le groupe contrôle était face à un praticien peu bavard alors que le groupe expérimental avait affaire à un médecin rassurant. A partir de maintenant, votre réaction allergique devrait diminuer tout comme l’irritation, était une des phrases types prononcées par le soignant. Apparemment, cette simple affirmation venant d’un professionnel de santé a suffi puisque les patients rapportaient des démangeaisons moins importantes que les autres, et ce, même si le médecin n’a donné aucun traitement associé. Ainsi, les mots auraient un impact pour réduire les symptômes des patients.

Encourager le patient aurait un effet placebo

Mais est-ce que les paroles des soignants vont jusqu’à influencer l’efficacité de véritables traitements ou médicaments ? Les deux spécialistes ont poursuivi leurs investigations à travers une nouvelle étude. En effet, ils ont voulu tester si les paroles des professionnels de santé avaient la même portée selon si le soignant paraissait chaleureux et compétent. Cette fois encore, les patients ont passé un test cutané avec l’histamine. La moitié des participants étaient confrontés à une praticienne froide, rivée sur son écran pendant l’examen et qui ne prenait pas la peine de se présenter. Elle se limitait également à poser des questions d’intérêt pratique, son bureau était mal rangé et elle semblait peu sûre d’elle. En parallèle, l’autre moitié étaient face à une professionnelle qui paraissait aimable, qui appelait les patients par leur nom, se montrait souriante, établissait un contact visuel. Elle s’exprimait clairement et semblait confiante.

Dans les deux groupes, les soignantes donnaient une crème qu’elles présentaient comme un antihistaminique qui allait apaiser les irritations alors qu’il s’agissait en réalité d’un placebo. Il s’est avéré que le traitement n’avait aucun effet lorsque la praticienne demeurait froide et peu sûre d’elle alors que l’effet placebo était bien présent lorsque celle-ci semblait sympathique et compétente aux yeux du patient.

Troisième test, qu’est-ce qui a de l’importance : le fait de paraître compétent ou empathique vis-à-vis du patient ? Les deux chercheurs ont refait la même expérience, mais cette fois les deux médecins semblaient aussi confiantes l’une que l’autre. En revanche, une seule était aimable et rassurante alors que l’autre restait distante et limitait les interactions avec son interlocuteur. Là aussi, la crème placebo était plus efficace face à la professionnelle de santé jugée amicale.

Les deux spécialistes en concluent que les relations humaines entre les soignants et les soignés sont largement sous-estimées. Faire un soin ne peut pas se borner à effectuer un acte technique, le côté relationnel a un impact non négligeable sur l’état de santé du patient. A l’heure où les professionnels avouent manquer de temps et où l’intelligence artificielle nous promet un monde où les soignants ne seront plus nécessaires pour les problèmes bénins, évaluer l’importance du contact humain et des mots d’encouragements peut paraître une bonne piqûre de rappel.

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