Publicité
Les offres d'emploi
Journées Francophones des Aides-soignants

Découvrez les rendez-vous incontournables des Aides-soignants.

Publicité

Expérimentation d'astreinte de nuit en EHPAD bretons

Mutualiser la présence d'infirmier de nuit en Ehpad, voilà l'expérimentation menée par le centre hospitalier de la Roche aux Fées dans l'Ille-et-Vilaine au bénéfice de six établissements de la région. Une initiative qui a fait ses preuves. Explications. 

L’origine de l’expérimentation

résident EHPAD soignanteEn 2014, le Centre hospitalier de la Roche aux Fées, à Janzé (35), a répondu à un appel à projet lancé par l’ARS Bretagne sur un dispositif expérimental d’astreinte d’infirmier de nuit entre plusieurs EHPAD1. En effet seuls 14 % des EHPAD de la région disposent de personnel infirmier de nuit. Constat : les agents de nuit ne sont pas qualifiés pour prendre en charge certaines situations comme les perfusions à réinstaller, les crises d’angoisse ou les fins de vie, d’où de nombreux transferts vers les urgences ou l’hôpital de proximité, non seulement coûteux mais générant un état de désorientation et d’agitation, voire d’affections aggravées chez les personnes âgées.

En quoi consiste l’expérimentation ?

Le dispositif consiste à mutualiser la présence d'infirmier de nuit en EHPAD. En effet sa présence à temps plein la nuit n‘est pas justifiée puisque les actes infirmiers représentant en moyenne une heure de travail par nuit. La mutualisation permet donc de mieux utiliser ce temps de soin infirmier. L’expérimentation couvre 6 EHPAD soit un total de 452 places. Ces établissements sont situés dans un périmètre géographique proche (maximum 30 kilomètres) afin de permettre un déplacement dans la nuit. Une dotation financière a été accordée par l’ARS, versée au CH de la Roche aux Fées, qui assure la rémunération des infirmiers mis à disposition.

La mise en place

L’établissement s’est appuyé, au niveau méthodologique, sur l’expérimentation menée en Loire Atlantique en 2014. Le recrutement des infirmiers a été réalisé sur la base du volontariat parmi les infirmiers des établissements partenaires. A ce jour 12 infirmiers participent à cette astreinte qui fonctionne 7 jours/7 jours, de 21 h à 7 h ; astreintes mises à disposition par les établissements employeurs auprès du CH de la Roche aux Fées.

Une préparation préalable avant le lancement est indispensable : visite des EHPAD afin d’identifier les accès et les lieux, connaissance des systèmes d'information hospitaliers (SIH), du dossier patient de chaque structure, de la pharmacie, des locaux…Une réunion de lancement a été organisée au cours de laquelle un classeur d’astreinte a été remis aux infirmiers détenant toutes les informations nécessaires à toute intervention (numéros de téléphone des infirmiers et des structures, différents codes d’accès aux établissements, les plans des établissements - plan d’accès, accès au DLU, accès au coffre des toxiques, numéros utiles…). De plus des « fiches de conduite à tenir en cas d’urgences » sur les urgences vitales ont également été remises à chaque IDE.

"Le dispositif consiste à mutualiser la présence d'infirmier de nuit en EHPAD."

Les indicateurs de résultat

Equipe d'asctreinte EHPAD breton

L’équipe du projet et l’équipe de l’astreinte IDE :
De G à Dte : Quentin Bardou, Hélène Le Roux, Olivia Duportail, Caroline Dardenne, Jean-Marie Jouzel, Solène Begué, infirmiers participant à l’astreinte de nuit.
Martine Jouzel, directrice et Marc Tison, cadre supérieur de santé du CH de La Roche aux Fées.
Absents : Anne-Sophie Jourdan, AAH – IDE : Alain-Gwendal Barbel, Fabien Delouche, Laurent Hostettler Sandrine Jacob, Hélène Jouin et Guylaine Labeaune.

Les bénéfices de l'expérimentation

  • Nombre d’appels total avec et sans déplacement depuis le début de l’expérimentation : sur 163 appels au cours des années 2015, 2016 et 2017 : 58 n’ont pas nécessité de déplacement, 105 ont nécessité un déplacement.
  • Nombre d’hospitalisations évitées la nuit : 75 hospitalisations ont pu être évitées, permettant des économies à l’assurance maladie et surtout une prise en soin sur site plus confortable pour le résident et rassurante pour les équipes de nuit.
  • Les motifs d’appel : ils sont variés, du simple conseil aux équipes de nuit à l’urgence vitale, mais tous les appels sont justifiés (chaque directeur reçoit chaque semestre la liste et le motif d’appel). Les principales situations rencontrées sont : les chutes et leurs conséquences, les problèmes cardiaques et respiratoires, l’hyperthermie, les troubles digestifs… Voici quelques exemples de cas cliniques rencontrés au cours de ces astreintes.

Cas n°1 :

Un résident de l'EHPAD du T a chuté et présente une plaie au coude avec hématome important, les aides-soignants contactent l'infirmier de nuit à 1h30 car ils ont un doute sur une éventuelle fracture.  L'infirmier d'astreinte arrive sur site à 2h. Il stoppe le saignement en posant du stéristrip et un pansement, constate une bonne mobilisation et surtout aucun signe de fracture. L'infirmier prend également les constantes. Il quitte le site à 2h30. Les AS de nuit sont rassurées. Grâce aux soins apportés par l'infirmier, le résident va pouvoir terminer sa nuit confortablement et en sécurité.

Cette intervention a permis d'éviter une hospitalisation, en effet sans les conseils de l'infirmier, les AS auraient appelé le 15 pour un transfert aux urgences pour une suspicion de fracture.

Cas n°2

M. L, âgé de xx ans, résident de l'EHPAD du T, présente une hématémèse consécutive à une chute. L'aide-soignant de nuit contacte l'infirmier d'astreinte à 22h45 qui prend la décision de se déplacer sur site. Il examine le résident et constate également une désaturation en oxygène et une altération de l'état général avec une chute tensionnelle.  L'infirmier prend les constantes et contacte le centre 15. Un transfert aux urgences est nécessaire au vu de l'état de santé du résident, l'infirmier gère le transfert avec le SAMU et les ambulanciers. Il quitte le site à 1h45.

Cette intervention n'a pas permis d'éviter une hospitalisation mais la présence de l'infirmer a permis la transmission des informations nécessaires lors de l'échange téléphonique avec le centre 15 qui a pu apporter un diagnostic.

"Grâce aux soins apportés par l'infirmier, le résident va pouvoir terminer sa nuit confortablement et en sécurité."

Le bilan de cette expérimentation

L’établissement n’a rencontré aucune difficulté pour constituer cette équipe d’infirmiers volontaires composés de profils différents : jeunes professionnels ou plus expérimentés mais tous une bonne connaissance de la gériatrie avec pour certains une expérience en service d’urgences ou de pompier bénévole. Une bonne préparation du dispositif en amont est une condition de sa réussite de façon à ne pas mettre en insécurité les infirmiers qui sont amenés à intervenir sur des sites qu’ils ne connaissent pas et auprès de résidents dont ils n’ont pas l’antériorité médicale. Une grande partie des appels ne relève pas de l’urgence vitale mais contribue à rassurer les aides-soignants de nuit qui se disent moins stressés, le projet contribue ainsi à améliorer la qualité de vie au travail de ces professionnels.

Autre gain qualitatif, les prises en soins des résidents en EHPAD plus adaptées et des hospitalisations de nuit évitées. Le recours possible à l’astreinte permet aussi de maintenir les résidents dans la structure. Les durées d’hospitalisation sont réduites du fait du recours possible à l’infirmier d’astreinte. On observe également une bonne synergie entre les infirmiers avec une mutualisation des compétences et une valorisation de leur métier. Le fait de ne pas connaître l’histoire médicale des résidents les conduit à être très vigilants dans leur observation clinique. Le médecin du SAMU est en lien direct avec l’infirmier d’astreinte, ce qui lui permet de mieux identifier les problématiques de la situation et d’adapter la prise en charge.

Nous pouvons donc affirmer que cette expérimentation est concluante dans les effets recherchés : meilleure régulation des hospitalisations, meilleure continuité des soins et  réassurance des personnels. Au final, il s’agit d’un projet qui contribue à décloisonner le secteur sanitaire et médico-social. D’autre part, il favorise la dynamique de coopération territoriale puisque cette expérimentation va être déployée dans d’autres établissements du GHT Haute Bretagne.

Note

  1. Résidence Albert Aubry, Theil de Bretagne (35), Résidence Les Jardins du Castel, Chateaugiron, (35), Résidence Pierre et Marie Curie, Retiers (35), Centre hospitalier Guillaume Régnier, Bruz et Chateaugiron (35), Résidence de l'Yze, Yze (35).

Infirmiers participant à l'astreinte de nuit
et Direction générale du Centre hospitalier de la Roche aux Fées, Janze (35)
secretariat@hopital-janze.fr
http://www.ch-janze.fr/

Partagez cet article sur :