Le finger food : quid de sa valeur ajoutée pour les patients ?

L'hygiène et l'infectiologie étaient au coeur des Journées francophones des aides-soignants qui se sont tenues en janvier 2017. Plusieurs experts ont partagé leurs connaissances en la matière. Aide-soignant.com propose de revenir sur ces journées au travers de plusieurs articles dédiés qui permettront aux professionnels d'améliorer leur pratique quotidienne. Zoom sur le finger food et sa valeur ajoutée.

manger avec les doigtsLe Finger Food est un concept, une alimentation adaptée permettant à certaines personnes de retrouver de l’autonomie et de l’indépendance au niveau des repas. C’est une solution pour améliorer l’état nutritionnel de certains résidents. Petit à petit, nous avons mis en route ce projet dans notre Maison de repos. Notre but premier étant le bien-être du résident, le Finger Food est un des éléments qui y contribue.

Le Finger Food, une alimentation ouverte à tous

En fonction de l’état d’avancement de la démence et des difficultés du résident, le Finger Food est la solution la plus adaptée afin de redonner du plaisir au résident, de le valoriser dans ses actes et ses choix. Bien que nous accueillons de plus en plus de personnes âgées souffrant d’une démence et qu’il est important de trouver, pour ces personnes, en équipe, des solutions afin d’améliorer leur qualité de vie, le Finger Food est également une solution pour beaucoup d’autres personnes.

Une solution pour tous

Certaines personnes présentent des troubles pour lesquels le Finger Food est une solution. Ces troubles comprennent les troubles sensoriels (malvoyance, malentendant, diminution du goût et de l’odorat), les troubles physiques tels que l’arthrose au niveau des mains (difficultés de prendre le couvert), les paralysies, les troubles psychologiques (la dépression entraîne une perte de plaisir, une diminution de l’appétit, l’isolement). Et enfin les troubles cognitifs qu’on retrouve principalement chez les personnes souffrant d’une démence et plus particulièrement de la maladie d’Alzheimer.

Dans les troubles cognitifs, nous retrouvons la désorientation spatio-temporelle, les troubles de la mémoire à court terme, les troubles de l’attention (ex : si on met tout le plateau devant la personne, elle ne saura pas fixer son attention sur un élément donc mélangera), l’agnosie (incapacité de reconnaître un stimuli comme les couverts) et l’apraxie (incapacité de réaliser un mouvement dans un but précis). Il est très important de tenir compte de ces éléments afin d’adapter au mieux le repas et l’environnement autour du repas. Il est essentiel de donner des repères à la personne, de la sécuriser et de la stimuler.

Manger main = hygiène

Manger avec les doigts est une solution très adaptée pour beaucoup de nos résidents mais nécessite certaines règles d’hygiène. En effet, les mains constituent la voie la plus importante de transmission des infections. Des germes sont indirectement transportés d’une personne à une autre par l’intermédiaire des mains. Il est donc très important d’avoir une très bonne hygiène des mains, il faut connaître et respecter les règles pour se laver et désinfecter les mains. Et donc transmettre ces informations aux résidents.

À La Closière

Lors de l’entrée d’une personne au sein de l’institution, une fiche est remplie par l’équipe avec la personne et/ou son entourage afin de connaître ses goûts alimentaires. En fonction de ses difficultés, l’équipe demande une nourriture mixée, moulue, coupée ou entière. La cuisine peut alors adapter les menus en fonction des besoins du résident.

Depuis 4 ans, l’histoire de vie des résidents a été mise en route. Connaître l’histoire de vie du résident peut nous apprendre énormément sur lui, nous aider à comprendre certaines situations plus difficiles et aussi, donner des informations supplémentaires sur ses goûts alimentaires.

Il y a à peu près 3 ans, nous avons mis en route le projet Finger Food. Il s’agit d’un travail en équipe et d'une collaboration importante entre les différents services. Nous avons d’abord organisé la mise en place du projet : au niveau de la cuisine mais aussi au niveau des soins. Au niveau de la cuisine, il faut s’organiser afin d’avoir du temps pour préparer les repas. En équipe, nous avons mis en avant certains résidents chez qui le Finger Food pouvait être bénéfique. Notre objectif est de dénaturer le moins possible l’aliment afin de garder l’aspect visuel et la texture de l’aliment (ex : boulettes de viande hachée de plus petite taille). Cela permet de travailler la mémoire, surtout la mémoire antérieure qui contient tous les souvenirs. Évidemment, ce n’est pas possible de le faire pour tous les aliments. Le Finger Food est une alimentation qu’on adapte au quotidien. Un aliment peut rester découpé pendant tout un temps puis, après notre observation lors des repas, on choisit de passer en mixé.

La famille est aussi un intervenant important pour le déroulement du Finger Food. Lorsqu’un résident participe à ce projet, nous en informons les familles. Il est essentiel de leur expliquer les bienfaits du Finger Food et nous leur proposons d’assister au repas de leur parent.

Le repas

Actuellement, un groupe de Finger Food est constitué de 4 à 6 résidents réguliers. 2 personnes sont atteintes de la maladie d’Alzheimer, 2 dames présentent une malvoyance importante, une dame a un trouble neurologique à cause duquel elle présente des troubles praxiques. Ces personnes sont installées dans un petit salon, autour d’une table ce qui rend le moment du repas plus convivial.

Avant le repas, les aides-soignantes invitent les résidents à se laver les mains dans une bassine. Certains résidents le font seuls, d’autres ont besoin d’être accompagnés dans les mouvements. Mais dans les deux situations, les soignantes accompagnent verbalement le geste afin qu’ils prennent conscience de l’importance de ce dernier mais également qu’ils intègrent la technique. Dans certains cas, pour qu’ils comprennent mieux les gestes à effectuer, les soignantes se lavent les mains en même temps pour leur montrer. Si nécessaire, les ongles sont également coupés et/ou nettoyés. Ensuite, les repas montent dans des plats et les assiettes sont faites devant eux. Ainsi, ils choisissent ce qu’ils désirent manger s’ils sont capables de l’exprimer (que ce soit de manière verbale ou non verbale).

Le repas, réalisé à partir du menu du jour, comprend :

  • la soupe : servie dans un gobelet car les bols sont difficiles à prendre et plus lourds ;
  • le plat : qui est réalisé d’après le menu du jour ;
  • le dessert : qui est aussi réalisé en fonction du menu du jour.

Un élément à la fois leur est présenté afin qu’ils aient plus de facilité pour fixer leur attention. Après le repas, les soignantes invitent à nouveau les résidents à se laver les mains.

Lieu

Les résidents sont installés dans un petit salon. La continuité et la supervision de ce repas se fait en équipe. Au début de la mise en place du projet, ce repas était supervisé par l’ergothérapeute et une aide-soignante afin que celle-ci puisse observer les points importants de ce repas et, par la suite, contribuer à la continuité de ce projet. Peu à peu, toutes les aides-soignantes ont pris part à ce projet, ont pu constater les bénéfices et donc assurer un suivi objectif. Actuellement, les aides-soignantes supervisent ces repas. S’occupant des repas de tous les résidents, elles observent l’évolution de chacun et interpellent si elles estiment qu’une adaptation, telle que le Finger Food, pourrait être intéressante pour le résident. Nous évaluons ensuite en équipe et testons afin de voir si le Finger Food rend la personne plus indépendante et donc la valorise. La communication et la collaboration entre les différentes équipes (nursing…) sont très importantes.

Conclusion

Le Finger Food est bénéfique pour les résidents qui participent à ce projet. Les résultats de la mise en place de ce dernier sont très positifs :

  • repères ;
  • plaisir ;
  • groupe : stimulation ;
  • autonomie ;
  • indépendance ;
  • valorisation ;
  • prise de poids.

Nous encourageons les personnes motivées à mettre ce projet en place dans leur institution.

JFAS : deux journées de formation dédiées aux aides-soignants

Chaque année en janvier, les Journées Francophones des Aides-Soignants, un congrès national de 2 jours, permet aux aides-soignants de s'exprimer et de partager avec leurs collègues venus de toute la France. La formation est transmise par des experts, professeurs, médecins, infirmiers, aides-soignants… mais aussi par des AS des pays francophones. L'occasion pour les aides-soignants d'actualiser leurs connaissances et de se former à de nouvelles compétences !

La prochaine édition des JFAS se tiendra les jeudi 25 et vendredi 26 janvier 2018 à l'Espace Charenton, à Paris. Elle aura pour thématique « L'aide-soignant, l'agressivité et la violence dans les soins : comment être bientraîtant et responsable avec les patients et leur famille ». À cette occasion, un appel à poster est lancé. Pour plus de renseignements : c.declercq@trilogie-sante.com

Pour en savoir plus : trilogie-sante.com

Pascale SIMON
Aide-soignante
MR/MRS La Closière, Saint-Servais – Belgique

Martine HAVARD
Ergothérapeute
MR/MRS La Closière, Saint-Servais – Belgique

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