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Grippe : se faire vacciner fait débat chez les soignants

Alors que l'épidémie de grippe sévit lourdement en France, la question de la vaccination chez les professionnels de santé est de toutes les discussions. Si en effet les soignants sont régulièrement appelés à se faire vacciner pour, d'une part, se protéger, et d'autre part éviter de contaminer les patients et leur entourage, la question ne cesse de diviser au sein de la communauté infirmière.

Afin de lutter contre l'épidémie de grippe, François Bricaire, infectiologue à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, rappelle, dans une interview donnée à nos confrères de franceinfo, qu'il est nécessaire que le personnel de santé soit vacciné. Pourtant, les infirmiers sont loin d'être unanimes sur le sujet.

La vaccination contre la grippe : "un acte altruiste de prévention" ou un "choix individuel" ?

Des soignants opposés à la vaccination

malade alitéSelon une enquête menée en novembre 2016 par Julien Martinez, étudiant en troisième année en soins infirmiers, 71,2 % des soignants interrogés ne comptaient pas se faire vacciner contre la grippe . En EHPAD, ils seraient entre 70 et 80 % à ne pas l'être. Sur la page Facebook d'Infirmiers.com, nombreux sont les professionnels de santé à se montrer méfiants et à pointer du doigt le manque d'efficacité du vaccin. Je ne suis pas pour, indique Aurore. Surtout si on est fragile (enfants, personnes âgées)... On vous injecte le virus donc une probabilité de l'attraper en fait… Moins forte si on a un peu de chance, mais on n'a pas tous les mêmes anticorps.... De son côté, Orlane n'est pas vaccinée car elle considère que le vaccin n'est pas fiable. Plusieurs virus sont responsables de la grippe. Je laisse donc mes anticorps faire leur boulot. Moutarde estime que soit le VAG est obligatoire, soit il ne l'est pas. Et s'il ne l'est pas, il ne l'est pas non plus pour les IDE. Libre choix, consentement.... Amandine a fait le choix de ne plus se faire vacciner car les années où elle l'a fait, elle a été malade. Même constat pour Stéph et Annabelle qui ont été malades juste après avoir été vaccinés il y a quelques années. Quant à Delphine, elle considère que le vaccin n'est efficace que sur les grippes des années précédentes et ne voit pas pourquoi elle devrait se faire vacciner alors qu'elle est en bonne santé.

Marisol Touraine était l'invitée des « 4 vérités » sur francetvinfo, jeudi 12 janvier 2017.

Martin Hirsch juge les taux de vaccination des professionnels de l'AP-HP faibles et pas normaux

Les taux de vaccination des professionnels contre la grippe sont mauvais à l'Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP), avec 25% pour les médecins et 10% pour les paramédicaux, a déploré jeudi le directeur général de l'institution, Martin Hirsch qui juge les taux de vaccination des professionnels de l'AP-HP faibles et pas normaux. Il a reconnu que son institution avait une politique d'incitation à la vaccination pas assez efficace. Pour lui, il y a certainement des progrès à faire, comme passer dans chaque service pour vacciner plutôt que de demander aux professionnels d'aller se faire vacciner un jour donné. Il regrette toutefois que globalement, en France, on n'ait pas réussi à convaincre les professionnels de l'intérêt de la vaccination pour leur protection, celle de leur famille et celle de leurs patients. Interrogé sur sa position quant à la vaccination obligatoire, il a répondu que si c'était obligatoire, il l'appliquerait avec plaisir.
Source APM

D'autres soignants jugent que le virus se propage en raison de règles d'hygiène insuffisamment suivies. Ainsi, Christelle estime que la médication n'est pas la solution incontournable. J'ai toujours été très rigoureuse dans mes lavages de mains. Si je suis malade, je n'embrasse personne et porte un masque, précise-t-elle. Pour Claire, la mise en œuvre de moyens supplémentaires permettraient d'endiguer la pandémie. Je pense qu'avant de penser aux vaccinations, il faut avant tout nous donner les budgets pour avoir tout le matériel nécessaire aux bonnes règles d'hygiène qu'on nous a rabâchées pendant les études, mais aussi le personnel nécessaire pour éviter les mauvaises pratiques causées par le manque de temps. Ultreïa pense également que les précautions d'hygiène standards seraient bien plus efficaces comme le lavage fréquent des mains, l'utilisation de SHA, l'application de masques anti-projections aux patients infectés, voire la mise en isolement de ces derniers.

Je me ferai vacciner quand nous aurons le matériel et le personnel, quand les cadres de santé, les familles, les patients, les visiteurs porteront eux aussi des masques, respecteront les protocoles, mais surtout je me ferai vacciner de bonne grace quand je verrai un medecin sans alliance se laver les mains entre chaque patient !

Ce que dit le Haut Conseil de la santé publique

Le Haut Conseil de la santé publique (HCSP), une instance consultative, a publié fin 2016, un nouvel avis relatif aux obligations vaccinales des professionnels de santé (PDF) (27 septembre et 7 octobre 2016). Cet avis fait suite à une saisine de la Direction générale de la santé, qui souhaitait préciser les conditions d'immunisation des professionnels de santé ou étudiants en santé. Cette saisine s'inscrit elle-même dans le cadre de la Loi n° 2016-41 du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé. Le passage suivant en gras a été ajouté à l'article L3111-4 du Code la santé publiqueUne personne qui, dans un établissement ou organisme public ou privé de prévention de soins ou hébergeant des personnes âgées, exerce une activité professionnelle l'exposant ou exposant les personnes dont elle est chargée à des risques de contamination doit être immunisée contre l'hépatite B, la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la grippe. En effet, le HCSP le rappelle : Les soignants représentent un groupe à risque majoré d’infection grippale et Les soignants sont des vecteurs d’infection grippale nosocomiale dans les établissements de soin.

La question de l'obligation vaccinale des soignants a été ouvertement posée mercredi 11 janvier par le professeur Benoît Vallet, le directeur général de la santé, lors d’une conférence de presse consacrée à la gestion par les autorités sanitaires de l’épidémie de grippe qui embolise depuis quelques jours les urgences des hôpitaux.

Une faute professionnelle ?

Sur les réseaux sociaux, certains infirmiers considèrent que les soignants qui ne se font pas vacciner sont irresponsables, particulièrement lorsqu'ils sont en contact avec une population fragile. Je travaille aux urgences et suis vaccinée, raconte Marie. Nous sommes en première ligne pour tous les virus hivernaux. J'en ai ma claque d'être malade parce que les gens ne savent pas garder leurs masques ou mettre leurs mains devant leurs bouches. Sylvain est lui aussi vacciné et ne comprend pas comment un soignant en gériatrie peut refuserMoi, j'ai attrapé une grippe carabinée avec 41 de fièvre et impossible de me lever pendant cinq jours durant deux hivers, raconte Emilie. Alors, vous me direz qu'on en guérit et que ce n'est pas bien grave… Mais cette année, je n'ai écouté personne et je me suis faite vacciner. Mes enfants l'ont eue et je suis passée à travers. Merci le vaccin ! Mais je comprends ceux qui ne le font pas.... Pour Fanny, la vaccination est une question de responsabilité et de conscience professionnelle. Sachez que vous pouvez être porteur sain de la grippe et ainsi la transmettre à vos patients. À l'apparition des premiers symptômes, vous avez déjà contaminé les gens autour de vous.... Sandrine va jusqu'à affirmer que c'est une faute professionnelle de ne pas se faire vacciner et cela devrait être obligatoire pour travailler dans les structures hospitalières et celles accueillant les personnes âgées.

Je suis infirmier depuis 10 ans, vacciné depuis 15 ans tout les ans et jamais une grippe. Aucuns effets secondaires… Je ne comprends pas toutes ces réticences.

Le vaccin antigrippal empêcherait à 60 % la contraction du virus. Pour l'heure, il est recommandé pour les populations à risque et leur entourage, mais aussi pour les professionnels de santé pour protéger les patients, mais non obligatoire. Rappelons qu'en quatre semaines, 784 000 personnes ont consulté un médecin pour une grippe, selon le réseau de surveillance Sentinelles-Inserm. Autre chiffre, depuis le 1er novembre dernier, 52 personnes sont décédées de la grippe en réanimation à l'hôpital, selon Santé publique France. Le pic de l'épidémie ne devrait être franchi que la semaine prochaine selon l'Institut national de veille sanitaire.

 

L’Ordre national des infirmiers réclame un élargissement du rôle des infirmiers en matière de vaccination

Par communiqué du 13 janvier 2017 intitulé "Vaccin contre la grippe : les infirmiers réclament des compétences élargies" l'ONI s'exprime. Il rappelle que depuis 2008, les infirmiers vaccinent sans prescription médicale préalable les personnes âgées de plus de 65 ans et atteintes de certaines pathologies chroniques, à l’exception de la primovaccination. Cette mesure de santé publique permet ainsi la vaccination de près d’1 million de personnes par des infirmières, et ceci chaque année. Une question alors, pourquoi ne pas élargir ce rôle à une population plus large, et prioritairement l’entourage des personnes fragiles ? Et l'ONI de souligner  que l'on compte aujourd’hui 600 000 professionnels dont 100 000 se rendent quotidiennement au domicile des patients sur tout le territoire. A l’image des sages-femmes qui ont vu très récemment et par simple arrêté leur rôle élargi, pourquoi se priver de celui que peut jouer notre profession, parfaitement formée pour exercer cet acte de soin ? Malgré les demandes répétées de l’instance ordinale, aucune mesure concrète n’a encore été prise pour saisir cette opportunité d’élargissement de la couverture vaccinale.

Sur la question de l'obligation de la vaccination chez les soignants, Didier Borniche, Président de l'ONI, invite à mener une réflexion : rendre obligatoire la vaccination des soignants peut se justifier à la fois pour les protéger, en raison des contacts possibles avec des patients susceptibles d’être porteurs de germes, en particulier dans les établissements de santé, mais également pour protéger les patients d’une contamination soignant-soigné. Nous ne devons pas oublier que les soignants représentent un groupe à risque majoré d’infection grippale. La vaccination des soignants est susceptible de réduire la mortalité et la morbidité des personnes âgées dans les services de long séjour. Cette proposition mérite donc d’être explorée car dans tous les cas, étendre la couverture vaccinale des soignants ne pourrait donc être que bénéfique, ne serait-ce que pour une question d’exemplarité.

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