"La nostalgie refait surface quand le présent n'est pas à la hauteur du passé"

La nostalgie est vite associée à la mélancolie, néanmoins, une certaine distinction permet d’attribuer aux aides-soignants un rôle spécifique en relation d‘aide. Ils acquièrent en effet des compétences relationnelles visant une meilleure prise en charge des états émotionnels des personnes hospitalisées. Dans ce cours, Christine Paillard évoque notamment les personnes âgées en Ehpad qui, revivant leur expérience passée, légitiment leur nostalgie justifiée par le cumul de leurs pertes.

La nostalgie refait surface quand le présent n'est pas à la hauteur du passéLa nostalgie se caractérise par un sentiment d’impuissance à revenir en arrière et conduit ainsi souvent au regret. La nostalgie peut être un regret mélancolique lié à une chose, une personne, un fait, une vie que l’on a pas eu, que l’on aimerait avoir vécue. Des désirs insatisfaits, des regrets, entraînent des frustrations, des peines, des états de tristesse inconsolables. Le suffixe algie signifie douleur.  Pour le Dictionnaire de l’Académie française, la nostalgie est empruntée du latin scientifique nostalgia, composé à partir du grec nostos, "retour", et algos, "douleur".

Comme le souligne Marie-Claude Lambotte, une nouvelle traduction de la nostalgie par Freud tendrait vers un passé regretté auquel l'imagination, aiguisée par les vicissitudes de l'existence et les contraintes de la réalité, prêterait toutes les ressources de la consolation.

Pour Isabelle Nègre 1, ce fut le docteur Johannes Hofer (1669-1752) qui introduisit le terme de "nostalgie" en décrivant  "des cas de patients ou de soldats qui, loin de chez eux, développaient des maladies ou guérissaient mal de blessures et qui, de retour chez eux, recouvraient la santé". Cette nostalgie est aussi liée à la séparation, aux pertes, aux deuils, à la pensée, à la souffrance morale.

"La nostalgie peut être un regret mélancolique lié à une chose, une personne, un fait, une vie que l’on a pas eu, que l’on aimerait avoir vécue."

La nostalgie apparaît dans l’univers du soignant parfois au détour de la mort, en soins palliatifs, néanmoins, le travail de deuil est un processus différent du "travail de nostalgie". Pour Jean-Georges Lemaire, "de son sens originel de souffrance ou d’état consécutif à la perte d’un être cher, on est passé à un usage généralisé de l’expression "faire son deuil" de tout objet, et aussi de tout projet. On s’est ainsi rapproché sans le percevoir de la notion de nostalgie, dont les significations parfois confuses méritent alors clarification." 2 Le  travail de nostalgie relèverait ici d’un mécanisme psychique de dégagement et suppose une activité de conscience.

La nostalgie peut également rentrer dans le contexte de la maladie chronique, avec le retour parfois impossible à un état de santé antérieur à la maladie. Le soignant pédagogue peut faciliter l'acceptation d’une nouvelle situation. Le sentiment de captivité vécu parfois par un patient atteint, par exemple, d’insuffisance rénale, ne pourra peut-être pas être oublié. Selon Nathalie Lecourt 3, "L’épreuve de la maladie grave, en tant qu’expérience limite, bouleverse le sujet malade dans sa manière "d’être dans le temps". Elle blesse son image corporelle, son identité de sujet, soulève l’angoisse de mort et le confronte au terrassant sentiment d’intranquillité qui désormais l’assaille".

Les personnes âgées accumulent les pertes (perte de l’époux, épouse, maison, vie sociale, santé…) sont aussi concernées par la nostalgie. Revivant leur expérience passée, la nostalgie est en Ephad légitime, justifiée par le cumul des pertes.

Comme le souligne David Le Breton 4 "pour beaucoup, vieillir est un lent travail de deuil et de pertes amenant à désinvestir les relations et les actions autrefois appréciées. La personne vieillissante consent peu à peu à ne plus posséder qu’un contrôle restreint sur son existence. Certes, elle réinvestit d’autres relations, mais nombre de celles qui lui étaient chères disparaissent. La puissance d’action sur le monde diminue, de même que les projections dans le temps". La relation soignant-soigné prend ici toute sa dimension. L’écoute bienveillante ne saura pas revenir en arrière mais elle favorisera un dialogue conduisant à un nouveau départ relationnel.

"La nostalgie apparaît lorsque les moments présents n'égalent plus les souvenirs"

Cette attitude aidante relève du champ des activités légiférées (Arrêté du 25 janvier 2005) et dans un contexte varié (l’accueil, le décès, les situations de crise, de violence et conseils sur les gestes de la vie courante). Pour Marie-Odile Rioufol 5, "l’aide-soignante observe et écoute le corps du patient, apporte attention et bienveillance au cours du soin et développe le "prendre soin" et la bientraitance." 

Les aides-soignants participent ainsi aux relations aidantes dans le respect des états émotionnels des patients afin de prendre en compte leur singularité.

Notes

  1. Isabelle Nègre. Pratiques psychocorporelles et soins. Soins. Vol.59. n°787. juillet 2014. pp. 20-22
  2. Lemaire Jean-Georges.  Deuil ou nostalgie ou Nostalgie et travail de deuil. À partir de l'expérience des thérapies psychanalytiques des couples. Dialogue, 2008/2. n° 180. p. 7-21.
  3. Nathalie Lecourt. La maladie somatique grave comme expérience limite : clinique de l’insuffisance rénale terminale. Soins. Vol.63. n°826. juin 2018. pp. 43-45
  4. David Le Breton. Des vieillesses multiples. Soins. Vol.63. n°822. janvier 2018. pp. 19-22
  5. Marie-Odile Rioufol. Soins relationnels et relation aidante. Soins Aides-Soignantes. Vol 5. n° 21. avril 2008. pp. 14-16

Christine Paillard
Ingénieur pédagogique
Rédactrice Infirmiers.com

christinepaillard@gmail.com

Auteur du Dictionnaire de la relation et de la communication

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