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Un professionnel « biensoignant » plutôt que « bientraitant » ?

Comment rester bientraitant avec les patients et leurs familles en cas d'agression et de violence ? Les intervenants aux journées francophones des aides-soignants (JFAS) ont esquissé de nombreuses réponses. Sans oublier au passage d'évoquer les cas imputés à l'institution elle-même. Certains aimeraient inventer le concept du professionnel "biensoignant". Merci à Hospimedia de partager cet article avec la communauté d'Infirmiers.com.

La bientraitance dessinDe notoriété publique, les services de santé se présentent comme des microcosmes où se concentrent les phénomènes de société Et surtout chacun y interprète ses droits à sa guise jusqu'à vouloir les défendre à tout prix. Malheureusement, cela se traduit parfois par des actions agressives ou violentes. Dans le premier cas, le sujet provoque l'autre, tout en maintenant avec lui une relation. Dans le second, il nie l'autre qu'il veut détruire jusqu'à s'en prendre physiquement à lui.

Le sens des violences

Une fois ces précisions données, Bernard Gbézo, psychosociologue, chercheur associé auprès de l'European Violence in Psychiatry Research Group, intervenant aux journées francophones des aides-soignants sur cette thématique, le 25 janvier, a donc abordé les mécanismes relationnels qui génèrent ces situations hors normes, et pourtant tellement familières des professionnels des établissements sanitaires et médico-sociaux. Dans la salle, l'assemblée n'a pas semblé surprise. Au cours de son exposé, l'universitaire a insisté sur un fait : "Les soignants cherchent généralement à donner un sens à la violence subie en l'excusant parfois par une maladresse qu'ils auraient commise auprès de leur patient ou résident..."

"Ce n'est pas parce qu'on est un professionnel de santé qu'on n'a pas le droit de se protéger, il n'est pas normal de se faire taper dessus."

Le droit de se protéger

Un tel positionnement entraîne fréquemment des réactions passives du type "j'accepte" ou "j'évite" face aux agressions. À l'inverse, d'autres choisissent d'être actifs, faisant face en se défendant verbalement, ou faisant front en répliquant physiquement. Le droit de se protéger en tenant compte de la légitime défense est très cadré, et relève du Code pénal. Les professionnels de santé n'y échappent pas, a tenu à rappeler Vincent Terrenoir, délégué pour la sécurité de la Direction générale de l'offre de soins (DGOS) et chargé à ce titre de l'Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS). "Ce n'est pas parce qu'on est un professionnel de santé qu'on n'a pas le droit de se protéger, il n'est pas normal de se faire taper dessus." Il a aussi rappelé dans sa présentation que seulement 6% des établissements publics et privés de santé ont déclaré en 2016 des situations de violence.

"Le contexte sociétal et les contraintes budgétaires mettent à mal les valeurs des soignants, coincés entre des impératifs de rationalisation, de performances ou encore de révolution managériale."

Des agressions institutionnelles importantes

L'affaire se complique avec l'émergence ces dernières années d'une violence institutionnelle et soignante. Pour Nadia Peoc'h, directrice des soins au CH du Val-d'Ariège, le contexte sociétal et les contraintes budgétaires mettent à mal les valeurs des soignants, coincés entre des impératifs de rationalisation, de performances ou encore de révolution managériale. "Il nous est demandé de faire aussi bien avec moins de ressources humaines au lit du patient, c'est impossible." Elle a également conseillé à l'assistance de ne pas oublier que le soin est avant tout une activité humaine en relation avec l'autre. Et que si le soignant est coupé de son patient, la prise en charge restera imparfaite, et chacun se sentira lésé. Une nouvelle tendance se développe donc, toujours selon elle. Il s'agit du slow management. Cela consiste notamment à savoir se garder du temps, simplifier son travail et ainsi se protéger de tout stress. Dans les Ehpad et les CH, les modes managériales se suivent. Il y a quelque temps, les autorités ont développé le concept de bientraitance. Nadia Peoc'h pense que c'était pour rassurer les professionnels. Elle suggère aujourd'hui de passer à autre chose en instaurant la notion de "biensoignant" pour notamment défendre les bonnes pratiques professionnelles. Il s'agirait aussi de travailler dans un environnement de travail idéal.

De l'avis des différents experts intervenant à la tribune, les comportements agressifs peuvent trouver des parades. La formation pourra apporter des outils aux soignants en les faisant réfléchir sur des comportements types. Des établissements de santé et des Ehpad confrontés à des situations de violence et d'agressivité des familles et des usagers ont par ailleurs mis en place différents dispositifs de prévention. Vincent Terrenoir a ainsi cité le cas d'un établissement qui a conçu des lettres de mise en garde destinées aux patients malveillants de certains services.

HospimediaCet article a été publié par Lydie Watremetz sur Hospimedia le 26 janvier 2018.

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