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Racisme, xénophobie et relation soignant/soigné

Malgré de nombreuses évolutions, le racisme reste malheureusement d’actualité, même dans un lieu neutre comme un hôpital ou un EHPAD. De nombreuses lois établies devraient pouvoir protéger les soignants comme les patients de ce type de violences mais la réalité est tout autre. Dans ce cours, Christine Paillard nous rappelle en quoi consiste le racisme et la xénophobie et que ces comportements ne sont en aucun cas acceptables.

Racisme, xénophobie et relation soignant/soignéLe racisme est un ensemble de croyances qui cherche à établir une distinction dominante entre les Hommes. Pensée et doctrine fondée sur l’idée qu’il existe des êtres supérieurs, le racisme implique la marchandisation de l’Homme, la soumission humaine-économique- intellectuelle au profit d’un pouvoir dominant. Elle s’inscrit dans l’histoire (l’affaire Dreyfus, la Shoah…) et peut conduire au génocide, comme le massacre ethnique du Rwanda. Pour Albert Memmi, le mot "race" date du XVe siècle et vient du latin ratio, qui signifie, entre autres, "ordre chronologique"... C’est un terme d'élevage, il est d'ailleurs appliqué à l'Homme seulement à partir du XVIIe siècle. Le racisme conduit à une attitude hostile, allant jusqu’à la violence verbale, physique. S’il est parfois un déni, il est aussi un défi pour un pays, pour ses institutions, pour les acteurs de la politique, du droit. Pour Michel Wieviorka, “le racisme est un défi qu’il ne faut traiter ni par excès (en en faisant un fléau massif, ou en dramatisant les événements qui le traduisent), ni par défaut (en le banalisant ou le minimisant)”.

Le Brésil s’est montré exemplaire pour ce qui relève d’une véritable transformation sociétale dans ce domaine. Comme le rapporte Valéria Ribeiro Corossacz, cette modification des comportements par “les gouvernements PT qui ont mené des politiques d’inclusion sociale en direction des classes populaires et des Noirs, ont suscité dans les classes blanches aisées un mécontentement très fort qui a souvent pris pour cible la figure de la travailleuse domestique. Cette réaction fait suite à un long processus de changement porté par les mouvements sociaux depuis l’époque de la dictature militaire et qui a mené à l’élargissement de l’accès à une citoyenneté de plein droit”. Le racisme est un défi international. Des textes font autorités. Les droits relatifs aux minorités culturelles, ethniques, humaines sont tout d’abord défendus par la Déclaration universelle des droits de l’homme (art. 8). En Europe, il y la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (art. 10) et avec la Charte des droits fondamentaux (art. 10 et 11). Le droit français condamne les manifestations de racisme ou d’antisémitisme à travers des propos ou des actes motivés par ce sentiment raciste ou antisémite. Ici, des propos racistes peuvent tomber sous le coup de la loi (n° 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe).

" Les professionnels de santé disent subir de la discrimination raciale quotidiennement, sous la forme d'une remise en cause de leur compétence ou de refus de soin.

Le racisme dans l’univers soignant

Dans l’univers soignant, la Déclaration de Lisbonne de l’Assemblée Médicale Mondiale sur les Droits du Patient définit la relation soignant-soigné comme le fait d’agir pour le meilleur intérêt du patient. Dans l’article “Quand l’usager fait preuve de racisme” (1) il est dit que “ le racisme à l’encontre des usagers prend place dans un rapport asymétrique des soignants vis-à-vis des soignés en situation de précarités, propice aux rapports de domination [4, 5, 6]. Mais le racisme peut également s’exprimer dans l’autre sens, c’est-à-dire à l’encontre des soignants de la part des soignés [7]. Nous avons entendu à plusieurs reprises des usagers invectiver les personnels en raison de leurs origines ou de leur couleur de peau, rejoignant en cela les observations réalisées par d’autres équipes de recherche [2, 3, 4, 5, 6, 7, 8].

Marguerite Cognet(9) reprend la grande enquête "Trajectoires et Origines, enquête sur la diversité des populations en France" (TeO), menée par les chercheurs de l’Institut national des études démographiques (Ined, 2008-2009) “montrant pour la première fois en France à cette échelle, les effets des “origines” étrangères sur les trajectoires sociales des personnes immigrées et de leurs descendants, ainsi que des personnes nées dans les territoires d’outre-mer et leurs enfants nés en métropole. Elle interroge l’impact des expériences de discrimination sur ces trajectoires dans les différentes sphères de l’activité sociale en France”. Pour Christophe Bertossi et Dorothée Prud’homme, “trois formes de discrimination raciale, réelle ou ressentie, ont été observées à l'hôpital : celle des patients à l'égard des soignants en raison de l'origine réelle ou supposée de ces derniers ; celles des soignants à l'égard des patients ; celles des collègues ou des supérieurs hiérarchiques. La forme la plus souvent citée par les enquêtés est la première. Les professionnels de santé disent la subir quotidiennement, sous la forme d'une remise en cause de leur compétence ou de refus de soin, par exemple. C'est ce qu'ils appellent le "racisme ordinaire". Le plus souvent, le personnel médical et paramédical banalise ces attitudes et propos racistes en les justifiant par l'asymétrie de la relation de soin : le patient est âgé, malade, fragile et il est donc excusé. Les soignants font le plus souvent abstraction de ce racisme pour pouvoir faire leur métier et soigner tous les patients”.

Dans le quotidien soignant, la xénophobie est aussi une manifestation visible ou  cachée d’une réelle hostilité à l'égard des personnes différentes, étrangères, précaires, vulnérables. Cette notion étend la perspective biologique du racisme. Elle élargit son champ d’action parfois banalisé par des faits ordinaires. Prenons par exemple un patient qui refuse une toilette par un soignant étranger : le soignant peut choisir plusieurs postures pour répondre à la violence de la xénophobie comme négocier, argumenter son professionnalisme, prouver sa légitimité à effectuer un soin, passer le relais à l’équipe…

Le racisme à l’hôpital peut s’avérer être de la violence ordinaire invisible. La société devenue multiculturelle pourrait être apaisée dans ses rapports sociaux, là où le droit est censé la protéger. Cela est bien loin de la réalité. Le racisme, la xénophobie produisent de la souffrance, de la haine et façonne encore les relations interpersonnelles des soignants qui exercent au quotidien avec des pressions non dites mais néanmoins bien présentes.

Pour aller plus loin : Jean-Christophe Rufin, Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, rapport remis au ministre de l’Intérieur le 19 octobre 2004

Notes

  1. Marguerite Cognet et  Patricia Carlier et  Camille Foubert. Quand l’usager fait preuve de racisme. La revue de l'infirmière. Vol.67, n° 241. mai 2018.  pp 20-22
  2. Bertossi C, Prud’Homme D. Identités professionnelles, ethnicité et racisme à l’hôpital : l’exemple de services de gériatrie. Gérontologie et société. 2011;139(4):49-66. gs.139.0049.
  3. Guillaumin C. Race et Nature. Système des marques. Idée de groupe naturel et rapports sociaux Sexe, Race et Pratiques du pouvoir. L’idée de Nature Paris: côté-femmes (1992).   171-194
  4. Cognet M. Migrations, groupes d’origines et trajectoires : vers une ethnicisation des rapports socioprofessionnels ? Villeneuve d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion ; 1999.
  5. Fassin D. Repenser les enjeux de santé autour de l’immigration Homme et migrations 2000 ;  1225 : 5-12
  6. Fassin D. Le culturalisme pratique de la santé publique. Critique d’un sens commun Critique de la santé publique. Une approche anthropologique. Paris: Balland (2001).   280-281
  7. Kassembe D. Soigner en Noir et Blanc.  Paris: L’Harmattan (2001).
  8. Bertossi C., Prud’homme D. La « diversité » à l’hôpital : identités sociales et discriminations. Rapport de l’Ifri sur les discriminations en établissements hospitaliers   Paris: Centre Migrations et Citoyennetés de l’Ifri (2011).
  9. Marguerite Cognet. Racisme, entre représentations de “l’autre” et pratiques soignantes. La revue de l'infirmière. Vol. 67, n° 241. mai 2018. pp.27-30

Christine Paillard
Ingénieur pédagogique
Rédactrice Infirmiers.com

christinepaillard@gmail.com

Auteur du Dictionnaire de la relation et de la communication

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