Publicité
Les offres d'emploi
Journées Francophones des Aides-soignants

Découvrez les rendez-vous incontournables des Aides-soignants.

Publicité

Soignants, comment redonner de l’espoir aux patients

Suite à un accident, à un événement traumatique, lorsqu’il faut lutter contre une maladie, certains patients peuvent renoncer, s’isoler et finir par perdre espoir. La prise en charge des personnes déprimées voire dépressives n’est pas évidente, mais courante. L’écoute des soignants reste un soutien prépondérant dans ces cas de figure.

Soignants, comment redonner de l’espoir aux patients Provenant du verbe espérer issu du latinsperare, signifiantavoir bon espoir, attendre. Avec l’espoir, nous souhaitons une issue heureuse. L’espoir fait vivre, dit le dicton, il donne le ressort nécessaire à tout individu de poursuivre un but avec l’assurance d’un accomplissement provisoire ou durable. Il s’agit d’avoir le désir, la volonté d’obtenir des résultats positifs dans tous les domaines et pour une longue durée. Espérer, c’est attendre avec confiance un avenir meilleur, plus favorable visant ainsi une amélioration dans un contexte donné. L’espoir se communique dans les soins. Pour Jacques Chalifour (Intervention thérapeutique, 1999), il s’agit d’une attitude essentielle chez le professionnel et celui-ci peut, par différents moyens concrets, manifester son espoir et même insuffler aux personnes soignées l’espoir qu’elles auraient perdu.

Quand il n’y a plus d’espoir, il est question de vulnérabilité, de conduite dépressive, de crise suicidaire et cela dans tous les milieux.

Quand le patient perd espoir

Dans le cadre d’un accident où les fonctions corporelles sont atteintes, d’une situation de fin de vie, d’une blessure profonde, d’une épuisante souffrance morale, les objectifs de vie des individus sont irrémédiablement modifiés et peuvent conduire au renoncement, à l’isolement, et ce, à n’importe quel âge. Malgré un accompagnement professionnel parfois de qualité, l’illusion de la guérison ou de la vie semble prendre le dessus, de façon définitive. C’est la perte de l’espoir. Du désespoir peut découler une dépression. Le désespoir se caractérise par un état de conscience accablé et lié à une situation dramatique. Pour Christian Fest1, la dépression concernerait environ trois millions de Français à des degrés divers. Selon l’Institut de veille sanitaire, 5 à 7,8 % de la population serait touchée, au cours d’une année, par un« épisode dépressif majeur ». La dépression touche toutes les catégories de la population: 45 à 70 % des tentatives de suicides sont d’origine dépressive et 10 à 20 % d’entre elles se soldent par un décès. La dépression peut donc conduire au suicide.

Selon une étude épidémiologique réalisée par l’OMS dans 17 pays, 2 % des 85 000 sujets interrogés rapportaient des idées de suicide au cours de l’année écoulée2... Quand il n’y a plus d’espoir, il est question de vulnérabilité, de conduite dépressive, de crise suicidaire et cela dans tous les milieux.

La perte d’espoir mobilise les compétences relationnelles des soignants qui peuvent parfois agir sur la prévention ou sur la prise en charge dans le cadre d’une relation de confiance.

Guérir les blessure physiques…et psychologiques

Selon N. Dantchev3 , la “prise en charge des suicidants, c'est-à-dire des personnes qui viennent de réaliser un geste suicidaire, est une mission courante des services d'urgences... Le chiffre de 13 000 morts par suicide par an en France correspond aux dernières données disponibles, qui sont celles de l'année 2003. Il s'agit des 10 700 décès identifiés comme tels, auxquels il faut rajouter environ 20 % correspondant aux sous-déclarations dans les certificats de décès. Le taux de suicide est ainsi en France de 21 pour 100 000”. Il est important, pour le soignant d’observer, d’écouter le désir de mort, quand celui-ci est plus ou moins verbalisé.

Les enfants4, les adolescents, les adultes, les personnes âgées, handicapées, les personnes souffrant de dépression sévère sont concernées. Pour Michèle Gaillard-Bosson5, la "personne qui verbalise ce désir ou cette intention de mort montre son ambivalence. Elle est partagée entre la mort et la vie, car elle souffre. Sa souffrance psychique est si intense que, seule, elle ne peut imaginer d’autre issue que la mort pour l’arrêter : elle manque de "possible"".

La perte d’espoir mobilise les compétences relationnelles des soignants qui peuvent parfois agir sur la prévention ou sur la prise en charge dans le cadre d’une relation de confiance. Le soignant peut faciliter un processus, interagir sur les représentations, accompagner les moments difficiles, rassurer par une présence active et même thérapeutique. Des stratégies de communication peuvent favoriser des états, des étapes, prendre en compte le chagrin et renforcer le soutien d’une équipe soignante. Pour Dominique Phanuel et Françoise Hamon-Mekki6,créer une relation de confiance dans les soins consiste à créer des conditions favorables d’ordre relationnel mais aussi d’ordre pratique et informatif. Le schéma de délivrance des soins doit prendre en compte la manière de faire, d’être et de prendre soin de l’autre. "Cultiver" la confiance par la relation nécessite de la part du personnel soignant d’être au plus près des attentes des patients, de faire preuve de grandes qualités d’adaptation à chacun, de lui transmettre des informations claires, précises et adaptées et d’adopter des attitudes et des comportements empathiques”.

Les soignants peuvent donner de l’espoir de façon consciente ou non. Que l’espoir puisse être un moyen pour favoriser les voies du possible peut sembler dérisoire, mais il peut être le moyen de lever le doute, le vide qui entoure les personnes en perte du sens même de la vie. Communiquer l’espoir, c’est exprimer la présence d’un lumignon qui subsiste malgré tout, en nous.

Notes

  1. La dépression, une véritable maladie.L'aide-soignante.Vol 23, N° 108. juin-juillet 2009.pp. 12-14
  2. Philippe Courtet et Jorge Lopez Castroman et  Émilie Olié . La sémiologie du suicide au xxi e siècle.Annales médico-psychologiques.Vol.174, juillet 2016. numéro 6. pp 503-508
  3. N. Dantchev. Suicidant.Médecine d'urgence.[25-150-A-20]Doi : 10.1016/S1959-5182(11)45585-9
  4. Boris Cyrulnik.Quand un enfant se donne « la mort ». Paris: Odile Jacob. 2011
  5. Michèle Gaillard-Bosson.Penser sa propre mort pour prévenir le passage à l’acte suicidaire. Soins Psychiatrie. Vol.36, numéro 296. janvier 2015. pages 17-21
  6. Dominique Phanuel et  Françoise Hamon-Mekki. La relation pour instaurer la confiance dans les soins.Soins.Vol. 58, n° 779. octobre 2013. pages 30-31

Christine PAILLARD
Ingénieur pédagogique
Rédactrice Infirmiers.com
christinepaillard@gmail.com
Auteur du Dictionnaire de la relation et de la communication

Partagez cet article sur :