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Stp, raconte-moi une histoire : des aides-soignants se livrent – J-3

À l'occasion de la Journée internationale des aides-soignants 2016 qui se tiendra le 26 novembre 2016, plusieurs aides-soignants nous ont fait parvenir leur récit d'un événement qui a marqué leur carrière. Nous les publierons tout au long de cette semaine, jusqu'au 26 novembre 2016. Pascale, aide-soignante de nuit, témoigne d'une rencontre riche en émotions avec un jeune patient en fin de vie. De son côté, Marie relate elle aussi une situation émouvante avec un patient en fin de vie.

21 ans et en soins palliatifs

patiente alitée soins hôpitalDurant ma carrière d'AS, malheureusement écourtée à cause d'une pathologie lourde, j'ai eu la chance de travailler au sein de nombreux services et toujours de nuit. Je pouvais ainsi concilier vie professionnelle et vie familiale. Travailler la nuit me permettait d'être une maman heureuse et épanouie. Je pouvais accompagner mes fils lors des sorties scolaires, organiser les mercredis après-midi, les anniversaires…, et la nuit, alors que mes petits dormaient, je devenais l'AS qui se donnait à fond dans son métier.

La nuit, le timing est moins strict, nous avons du temps pour échelonner notre travail entre les tours de soins et de surveillance. Lors de notre premier tour de début de poste, nous pouvons consacrer plus de temps aux malades, les écouter, calmer les angoisses...

Les informations concernant les patients sont échangées lors des transmissions entre les équipes jour/nuit. Concernant les nouveaux patients, le premier contact n'est pas toujours facile, mais si important. Entre avoir un résumé sur une pathologie et faire face à un malade, être naturelle, souriante... n'est pas toujours évident.

À l'époque, je travaillais en soins palliatifs, service à la fois difficile mais si riche en relation humaine, en émotions. Le prénom du jeune homme m'échappe, par contre le souvenir de son visage, de son sourire reste gravé dans ma mémoire. Eric sera donc le prénom choisit pour le récit de ce souvenir.

Concernant Eric, le diagnostique était plus que critique : cancer du cerveau. Les opérations et les différents traitements n'avaient eu aucune efficacité... les jours d'Eric étaient comptés.

Eric,  âgé de 21 ans, était privé de la plupart de ses facultés, y compris la communication. En service de soins palliatifs, notre rôle de soignant est d'accompagner les patients en fin de vie, sans acharnement thérapeutique, en axant les soins sur les douleurs physiques et morales, et d' apporter au mieux notre soutien aux proches.

21 ans et "fin de vie"... situation loin d'être facile à concilier pour moi, mais aussi et surtout pour la maman d'Eric qui restait jour et nuit au chevet de son fils.

Dès mon entrée dans la chambre j'ai naturellement tutoyé Eric, ce qui a choqué la jeune infirmière tout droit sortie de l'école où elle avait appris, entre autres, le respect du malade... personnellement, le respect ne se réduit pas à un "tu" ou un "vous", d'autant qu'Eric pouvait être mon fils. La maman a d'ailleurs remarqué qu'Eric avait réagi différemment lorsque je suis entrée, saluant bien évidemment la maman, et, de suite je me suis présentée : « Bonsoir Eric, je suis Pascale, l'aide-soignante de nuit, comment te sens-tu ce soir ? ». La bande bleue entourant le haut de sa tête, tel un bonnet, les joues potelées, le visage fermé, Eric s'est tourné vers moi et je lui dis : "Oh c'est quoi cette bouille bébé cadum !!!"  Et là j'ai vu réagir Eric qui a juste dit "bébé cadum ?". Certes, Eric n'était plus capable de formuler de longues phrases, il fallait juste donner le temps à son cerveau malade d'analyser l'information pour formuler une réponse et ne pas poser plusieurs questions à la suite sinon Eric bloquait et ne s'exprimait pas. J'ai donc expliqué que mon expression était tirée d'une pub pour bébé joufflu ne souriant pas... et là après un petit laps de temps, Eric m'a offert un joli sourire. Durant les soins, la Maman d'Eric est sortie. À la fin des soins, elle m'attendait dans le couloir, les larmes coulaient sur son visage, elle m'a prise dans ses bras. En fait, les larmes de cette maman, malgré la situation, étaient des larmes de joie de voir le sourire de son petit, le voir réagir, s'exprimer...

Les nuits suivantes, comme la chambre d'Eric se situait au fond du couloir, ayant une voix qui porte,  Eric réagissait et disait à sa Maman : " c'est Pascale " et dès que j'entrais dans la chambre Eric arborait un joli sourire… Sourire que sa maman a voulu "immortaliser" sur une photo. Elle m'a donc demandé de poser à coté de son fils, bien évidemment je n'ai pas refusé. Je n'ai pas eu le temps de voir cette photo, eh oui à l'époque, pas de numérique. Malheureusement, Eric nous quitta les jours qui suivirent.

Encore aujourd'hui, je pense à cette photo, dernière photo d'un fils souriant certes mais loin d'être dans un cadre, une situation idyllique... Le jour de cette photo, cette maman était heureuse de voir son fils sourire... mais cela marque aussi la maladie et la perte de son fils !!!!!

Pascale, aide-soignante de nuit

« Ça va aller, je suis prêt »

Je suis aide soignante et je travaillais à ce moment-là dans un service de cancérologie. J'y ai rencontré des patients extraordinaires, on s'attache à certains plus qu'à d'autres. Mais ce patient là était un homme intelligent et cultivé. Nous parlions de sa maladie mais aussi d'art et de philosophie. Lorsque l'oncologue est venu me voir pour me dire qu'il allait le plonger dans le coma par sécurité car il risquait un hémorragie massive, je suis allée le voir pour lui dire au revoir car je savais que je ne lui parlerais plus jamais. Et j'ai vécu un des moments les plus émouvants de ma carrière… Je suis entrée dans la chambre et je sentais que les larmes montaient mais je prenais sur moi. Le patient, lui, était calme et serein. Il avait traversé toutes les étapes de l'acceptation et c'est lui qui m'a rassurée. Je n'oublierais jamais cette phrase :"Ne vous inquiétez pas, Marie, ça va aller, je suis prêt."

Rédaction aide-soignant.com

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