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Journées Francophones des Aides-soignants

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Violence, vous avez dit violence ?

Maltraitance, violence verbale, physique, institutionnelle, ordinaire ou encore « douce » violence : tour d’horizon des formes diverses prises par la violence.

tristesse isolementLa violence signifie « force vitale ». Pour Aline Mauranges1, « par violence, il faut entendre la violence conflictuelle, une épreuve supplémentaire, survenant dans un climat de tension qui prend la forme d’une violence verbale ou physique mais également plus insidieuse et psychologique comme le harcèlement moral » … Il y a plusieurs types de violence, celle qui est reconnue comme ordinaire, l'institutionnelle et celle exercée sur les enfants. La violence ordinaire est définie par la Haute Autorité de Santé (HAS) dans le contexte de maltraitance du soignant envers le patient. Ici la maltraitance fait référence à « quelqu’un qui a fait l’expérience d’un contact avec un établissement de santé et qui a parfois pu avoir le sentiment d’avoir été abandonné, mal ou pas informé et d’avoir été insuffisamment écouté. Il s’est parfois vu imposer des attentes interminables et inexpliquées, des entraves et des contraintes qui ont paru absurdes. Le patient peut également avoir eu le sentiment d’être transparent ». La maltraitance est ici complétée par “ordinaire”, “parce qu’elle se distingue d’une maltraitance intentionnelle, parce qu’elle est continuellement présente sans nécessairement être visible et parce qu’elle touche davantage l’organisation de l’établissement”.  Pour Marie-Odile Roufiol2, ce phénomène insidieux et difficile à quantifier, qui ressemble à de la violence banalisée, est reconnu par les professionnels :

  • Le corps abordé comme un objet et l’acceptation de gestes limités surviennent quand la priorité n’est plus la personne malade mais l’organisation hospitalière et ses professionnels ;
  • Une organisation des soins contraignante, rigide et mal adaptée qui institutionnalise progressivement la maltraitance, peut conduire les soignants à accepter des attitudes indifférentes, déplacées ou agressives et des comportements “limites”, voire délictuels. Pris dans des tâches complexes, ces derniers n’ont plus toujours le recul nécessaire pour apprécier les conséquences de leurs actes ni de leurs paroles.

Le conflit au sein d’une équipe fait varier les dimensions d’une violence parfois dévastatrice. L’association des infirmières et infirmiers du Canada, qui a d’ailleurs publié des recommandations à ce sujet4, "reconnaît qu’il est normal que des conflits surviennent [dans une équipe] et cherche à comprendre, par des pratiques d’autoréflexion, les effets de ces comportements, valeurs, croyances, conceptions et perceptions sur leurs relations avec les autres, ainsi que la manière dont le comportement des autres a une incidence sur les conflits". Pour S. Nowak5, "les sujets ponctuellement médiatisés, tels que la violence des malades mentaux ou la maltraitance des personnes âgées, ne doivent pas occulter que les institutions de soins peuvent générer d’autres formes de violence affectant les relations interdisciplinaires. Les conséquences de la violence dans les rapports au travail s’expriment autant en termes de coûts humains que financiers..." La violence des patients envers les soignants est traitée de manière régulière dans la littérature soignante et souvent dans le contexte des urgences. Pour Philippe Svandra3, "la violence aux urgences se traduit la plupart du temps par des actes que l’on qualifie aujourd’hui « d’incivilités ». Ce sont des insultes, des comportements provocants, des attitudes menaçantes, bref le refus des codes de "bonnes manières". La violence est ordinaire, présente, institutionnelle et relève de la responsabilité soignante qui doit aussi savoir se protéger dans certaines circonstances. La violence peut -être « douce » quand on parle de l’enfant". Pour Christine Schuhl6, "la douce violence est un cumul de postures et de langages plaçant l’enfant dans une réelle insécurité affective. Le jugement, les gestes trop rapides, la parole que l’adulte ne maîtrise pas et qui circule au-dessus de la tête des enfants, les attitudes diverses faites par automatisme sont autant de douces violences rencontrées au quotidien. Les soupirs d’un adulte, les yeux au ciel, les gestes techniques, vides de relation sont de douces violences “engluées” dans des quotidiens pourtant pensés autour de l’enfant. Les douces violences se raccrochent au “on a toujours fait comme ça”, comme si les routines permettaient de ne pas se poser trop de questions…"

Il est question de la gestion de la vulnérabilité mais aussi des moyens de la creuser. Les mécanismes de fragilisation de l’individu sont au cœur des débats centrés autour de la violence, autour de la personne. La terminologie peut apporter des substantifs contraires pour faire basculer la tendance, avec la Bienveillance, la Bientraitance, l’Estime de soi, mais dans les faits, avec le peu de moyens, le peu de considération, la violence est un reflet de nos dysfonctionnements, dont les premières victimes sont les personnes les plus exposées :  les personnes précaires, soignantes, âgées, jeunes, démotivées…

La violence, au cœur des débats lors des JFAS 2018

La 4e édition des Journées Francophones des Aides-Soignants, les 25 et 26 janvier derniers à Paris, a abordé une thématique sensible : L’aide-soignant, l’agressivité et la violence dans les soins : comment rester bientraitant et responsable avec les patients et leur famille ?

Pour aller plus loin : SCHUHL, Christine et EPSTEIN, Jean (Préface). Vivre en crèche : Remédier aux douces violences. Lyon : Chronique Sociale. 2003

Notes

  1. MAURANGES, Aline.  Stress, souffrance et violence en milieu hospitalier [guide complet en ligne] MNH.  4e ed. 2011.
  2. ROUFIOL, Marie-Odile. La maltraitance “ordinaire” dans les établissements de santé. Soins Aides-Soignantes. Vol 7, N° 36. octobre 2010. p. 17
  3. SVANDRA, Philippe . La violence aux urgences, une question de proximité sociale ? Soins Cadres. V.21, n° 84. novembre 2012. pp. 17-19
  4. Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario (2012). La gestion et l’atténuation des conflits dans les équipes de soins de santé. Toronto, Canada : Association des infirmières et infirmiers autorisés de l’Ontario
  5. NOWAK, S. L’éthique des professions de santé à l’épreuve de la violence dans les relations interdisciplinaires. Ethique&Santé. V. 7, n° 2. pages 102-107 juin 2010
  6. SCHUHL, Christine Les douces violences. Métiers de la petite enfance. Vol 16, N° 161,  mai 2010.p.

Christine PAILLARD
Ingénieur pédagogique
Auteur du Dictionnaire de la relation et de la communication

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