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Associer l’aide-soignante aux décisions éthiques, une nécessité

Article Extrait de : L’aide-soignante • n° 109

Aide-soignant.com s’est associé aux éditions Elsevier Masson pour vous proposer une sélection d’articles issus de leurs deux revues aides-soignantes.

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Trop souvent, les aides-soignantes sont évincées des réunions au cours desquelles les membres de l’équipe médicale et paramédicale de réanimation prennent des décisions ou annoncent à la famille le décès de leur proche. Et si l’éthique comprenait aussi le respect du travail d’accompagnement des aides-soignantes ?

La loi n° 2005-370 du 22 avril 2005 relative aux droits des patients et à la fin de vie, dite loi Leonetti1, a relancé le débat sur l’éthique2 en réanimation. On entend souvent parler de discussions d’éthique entre paramédicaux et médecins.

Mais qu’en est-il de la présence des aides-soignantes dans ces réunions ? Les aides-soignantes de réanimation sont en contact étroit avec la famille et suivent de très près l’évolution de l’état de santé de leurs patients. Il est souvent oublié qu’elles sont au centre de la prise en charge.

Monsieur A

M. A est un jeune homme de 17 ans hospitalisé dans le service après un rapatriement sanitaire de Dakar (Sénégal) où il a été hospitalisé pendant 24 heures pour une prise en charge d’un traumatisme crânien suite à un accident de scooter.

Sur place, avaient été découvertes de nombreuses contusions avec un hématome cérébral et un oedème. L’aggravation neurologique a été rapide et préoccupante. Un transfert en région parisienne pour une prise en charge neurochirurgicale a donc été décidé.

• À son arrivée, le patient présente un score de Glasgow3 à 3 sous sédation. Le scanner crânien de contrôle révèle une aggravation neurologique, réfractaire à tout traitement. Une réanimation intensive est prodiguée.

Après discussion lors du staff médical et paramédical, il est décidé de se laisser 24 heures afin d’observer l’évolution du patient.

• Parallèlement, l’équipe paramédicale accueille les parents arrivant du Sénégal. Un premier échange a lieu avec le médecin réanimateur de garde et le binôme soignant, durant lequel sont évoqués la gravité de l’état de santé du patient et le possible décès. La famille, en état de choc suite à l’annonce, est ensuite accompagnée auprès du jeune homme.

L’aide-soignante reste auprès d’eux. Les parents expliquent que la situation ne leur a pas été présentée ainsi à Dakar. Ils pensaient que le transfert de leur fils en France lui sauverait la vie.

L’aide-soignante, impuissante, ne sait que répondre. Les parents lui demandent s’ils peuvent toucher leur fils, lui parler et s’il peut les entendre. L’aide-soignante les y encourage mais précise qu’elle ne sait pas si leur fils peut les entendre.

• En soirée, l’état neurologique du patient s’aggrave avec l’abolition des réflexes oculomoteurs et cornéens. Un nouvel entretien a lieu avec la famille, lui faisant part d’un diagnostic très pessimiste et l’informant qu’une artériographie cérébrale4 est prévue le lendemain matin. Dans la matinée du deuxième jour, l’examen nous permet de diagnostiquer l’état de mort cérébrale.

• La famille, dans l’angoisse du résultat, est présente depuis 7 h du matin. L’aide-soignante et la secrétaire hospitalière se relaient auprès d’elle ponctuellement dans la matinée. Vers midi, les parents et la soeur du patient sont reçus par le médecin réanimateur, l’infirmière et les coordinatrices des prélèvements d’organes pour l’annonce de la mort encéphalique.

• Immédiatement après, un échange a lieu avec le réanimateur pendant lequel l’aide-soignante exprime sa déception et son incompréhension de ne pas avoir pu participer à l’entretien. Son sentiment est entendu par le médecin.

Un manque de concertation a généré ce refus, une seule personne du binôme pouvant être présente. Par “automatisme”, c’est l’infirmière qui a été sollicitée. Le médecin ne savait pas que seule l’aide-soignante était présente depuis le début de l’hospitalisation, alors que l’infirmière n’avait le secteur en charge que depuis le matin.

• Après une discussion au sein de l’équipe, l’aide-soignante assiste au dernier entretien durant lequel le prélèvement d’organes est évoqué et accepté par la famille.

Retour d’expérience et pistes de réflexions

Il nous paraît important et surtout légitime que l’aide-soignante prenne part aux discussions éthiques. En effet, elle fait partie intégrante de l’équipe soignante au même titre que l’infirmière ou le médecin. De plus, dans le cas pris en exemple, l’aide-soignante était présente et a fait le lien entre les deux équipes infirmières. Il est souvent plus facile pour l’aide-soignante de se détacher du soin technique, à proprement parler, pour s’investir dans le soin relationnel.

Les familles se confient d’ailleurs plus facilement à elle. Il serait dommage de perdre certaines informations parce que l’aide-soignante n’a pas été consultée. Or les non-dits peuvent engendrer des problèmes de communication et de compréhension : il est donc essentiel que les choses puissent se dire au moment des staffs paramédicaux.

Dans un service de réanimation, où les intervenants sont nombreux, la présence continue de l’aide-soignante lors des principales étapes de l’hospitalisation légitime sa place dans le débat éthique autour du patient.

Une très grande frustration naît de son exclusion de la réflexion éthique et risque de la désengager du soin relationnel, qui est un soin fondamental dans lequel elle se reconnaît et attend d’être reconnue. Améliorations possibles Nous avons réfléchi aux changements envisageables pour faire évoluer la situation et impliquer davantage les aides-soignantes du service.

Pour que l’aide-soignante impose sa présence dans les débats et se fasse entendre de toute l’équipe, il faut qu’elle puisse communiquer son ressenti. Il est donc nécessaire qu’elle fasse des transmissions orales et écrites dans le dossier de soins du patient. Ces informations peuvent apporter des éléments décisifs au débat lors de prises de décision ou de réflexions pour accompagner au mieux le patient et sa famille.

Participer régulièrement au staff médical et paramédical, aux discussions d’équipe sur les sujets éthiques serait également intéressant afin de formaliser la procédure et la place des acteurs concernés (temps de concertation de l’équipe soignante, nombre de personnes pouvant être présentes lors des entretiens), tout en tenant compte des entrevues formelles et informelles.

Conclusion

De toute évidence, la participation de l’aide-soignante lors des débats éthiques n’est plus un mythe. Quant à ce qu’elle devienne habituelle, il faudra encore un peu de temps, de volonté et de motivation de leur part. Chaque intervenant a sa place et il est essentiel que l’aide-soignante exprime et montre son envie d’y participer.

Cette intégration nécessitera une aide de la part des médecins et des infirmières ainsi que l’implication de chacun, et probablement une formalisation de cette réflexion. Mais ne baissons pas les bras devant les difficultés rencontrées et affirmons l’importance de notre présence !

Notes

1 Consultable sur www.legifrance.gouv.fr
2 Éthique : Science morale qui repose sur un ensemble de principes de bonne conduite pouvant être influencé par les habitudes de vie, les moeurs et les religions.
3 Score de Glasgow : indicateur de l’état de conscience qui repose sur l’évaluation de 3 critères : l’ouverture des yeux, la réponse verbale et la réponse motrice. Le score maximum est de 15 et le minimum de 3.
4 Artériographie cérébrale : examen radiologique réalisé après injection intra-artérielle d’un produit opaque aux rayons X, opacifiant les artères nourricières du cerveau.

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L’aide-soignante

Editeur : Elsevier Masson
10 n° par an
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Dimensions : 21 cm x 29,7 cm

Les rubriques :
Actualités - Dossier Formation – Zoom – Pratique - Fiche technique - Guide (livres, agenda, petites annonces…)

• Août - Septembre 2009 • Article extrait de la revue L'aide-soignante n°109

Fanny BICHAREL
Aide-soignante
fbicharel@free.fr

Stéphanie VEILLARD
Infirmière service de réanimation chirurgicale
CHU Bicêtre, AP-HP
Le Kremlin-Bicêtre (94)
stephanie.veillard@yahoo.fr

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