Publicité
Les offres d'emploi
Publicité

La toxicomanie, un problème de société

Article Extrait de : L’aide-soignante n° 104

L'Aide Soignante 104 S'abonner

L’aide-soignante

Editeur : Elsevier Masson
10 n° par an
+ version en ligne de la revue (accès payant pour les Institutions)
Dimensions : 21 cm x 29,7 cm

Les rubriques :
Actualités - Dossier Formation – Zoom – Pratique - Fiche technique - Guide (livres, agenda, petites annonces…)

Aide-soignant.com s’est associé aux éditions Elsevier Masson pour vous proposer une sélection d’articles issus de leurs deux revues aides-soignantes.


Cet article est extrait du Dossier "La toxicomanie" coordonné par Anne Buisson 

  • Les principales drogues et leurs dangers
  • La toxicomanie un problème de société
  • Accueillir une personne toxicomane aux urgences
  • Prendre en charge un patient toxicomane

La toxicomanie se traduit par un usage répété et excessif d'un ou plusieurs produits toxiques qui perturbent le système nerveux central. La personne toxicomane éprouve un désir incontrôlable de continuer à consommer le produit et bascule alors dans la spirale de la dépendance. Aujourd’hui, les conduites toxicomaniaques constituent un problème majeur de santé publique. Leur prise en charge s’avère extrêmement complexe pour les soignants, qui doivent adapter leurs pratiques pour une prise en charge optimale des patients.

____________________

 

 

La toxicomanie concerne des personnes de plus en plus jeunes. Elle constitue un problème de santé publique mais aussi de société, car ces personnes peuvent causer des accidents sur la voie publique ou sur leur lieu de travail.

La toxicomanie est un problème multidimensionnel qui a des répercussions sur la santé physique et mentale des individus et sur leur vie économique, familiale, sociale et citoyenne. Parce qu’elle a de nombreuses causes et conséquences, la toxicomanie touche plusieurs facettes de la vie de l’individu et de son entourage.

Lutter contre la consommation banalisée de drogue

Pour enrayer la banalisation de la consommation de drogue, les mesures judiciaires ont été renforcées par la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance1. Elle instaure une réponse judiciaire systématique, rapide et efficace qui concrétise ainsi aux yeux du consommateur l’interdit légal qui s’attache à l’usage d’un produit stupéfiant. Ce texte institue un stage de sensibilisation aux dangers de l’usage des produits stupéfiants pour les consommateurs débutants ou irréguliers. Des médecins relais sont prévus pour renforcer l’efficacité de l’injonction thérapeutique qui concerne les utilisateurs dépendants.

Adopté le 8 juillet 2008, le nouveau Plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les toxicomanies 2008-20112 a pour objectif de faire reculer les usages de drogues illicites et les consommations excessives d’alcool en France par des mesures pouvant avoir un effet dissuasif : renforcement de la confiance des adultes dans leur capacité à protéger les jeunes des consommations dangereuses avec une campagne d’information, mise en place des stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants, réduction de l’offre d’alcool aux mineurs. Le plan diversifie le dispositif de prise en charge sanitaire et sociale des addictions en ciblant les populations exposées et vulnérables et associe les acteurs de la santé, du social et de la justice.

 

La consommation de drogue en France en chiffres

Selon l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, en 2005, 12,4 millions de Français ont déjà expérimenté au moins une fois du cannabis dans leur vie et 1,2 millions de personnes en consomment régulièrement (au moins dix fois par mois). Un tiers des adolescents de 17 ans (22 % des filles et 33 % des garçons) déclarent avoir consommé du cannabis au cours du dernier mois, ces consommations ayant principalement lieu le week-end. La cocaïne et les hallucinogènes ou des substances telles que l’ecstasy ou les amphétamines sont de plus en plus consommées. Les niveaux d’expérimentation de l’héroïne sont restés stables, concernant environ 1 % des 18-44 ans. Aujourd’hui, les consommateurs de cannabis ont 22,3 ans en moyenne, ceux d’héroïne 29,3 ans et ceux de cocaïne 28,9 ans. La répartition est de 3 hommes pour 1 femme chez les toxicomanes suivis pour soins.

Source : www.ofdt.fr

Stupéfiants et accidents de la route

En octobre 2005, l’étude Stupéfiants et accidents mortels de la circulation routière3 a apporté ses conclusions suite à la loi relative à la sécurité routière qui a instauré la recherche systématique de stupéfiants chez les conducteurs impliqués dans un accident mortel de la circulation routière à partir d’août 20014. Réalisée du 1er octobre 2001 au 30 septembre 2003, l’étude a permis de mettre en évidence que les effets du cannabis et de l’alcool se cumulent.

Le risque d’être responsable d’un accident mortel est 14 fois plus élévé chez les conducteurs à la fois positifs au cannabis et à l’alcool. Le soignant qui accueille des conducteurs blessés, qui feront sans doute l’objet d’un test sanguin à la demande des forces de l’ordre, prendra le temps de rappeler le risque encouru par le conducteur lui-même, par ses passagers et par les autres utilisateurs de la route.

Les sanctions du Code de la route ont été renforcées en mars 2007 : « Toute personne qui conduit un véhicule ou qui accompagne un élève conducteur alors qu’il résulte d’une analyse sanguine qu’elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants est punie de deux ans d’emprisonnement et de 4 500 euros d’amende. Si la personne se trouvait également sous l’empire d’un état alcoolique (...), les peines sont portées à trois ans d’emprisonnement et 9 000 euros d’amende. »5 Les sanctions peuvent aller jusqu’à la suspension du permis pendant trois ans. Outre les sanctions pénales, l’auteur de l’infraction devient alors civilement responsable des dégâts occasionnés, une conséquence qui fait réfléchir.

La personne toxicomane dans le monde du travail

D’une manière générale, l’utilisation de substances toxiques restreint la qualité de la vigilance. L’accompagnement médical d’une personne toxicomane exige du médecin du travail une grande disponibilité et une connaissance réelle du poste occupé par l’intéressé. L’existence d’un lieu d’écoute garantissant un respect de la confidentialité aide à la mise en place d’un contrat de confiance entre le praticien et le salarié en difficulté. Un lien constant du service médical du travail avec les associations et les centres de soins spécialisés est nécessaire, tout comme l’extrême vigilance indispensable dès les premiers signes de non-respect du contrat de confiance passé avec le toxicomane. L’abus de drogues engendre la survenue d’un nombre accru d’accidents du travail. Si le métier exercé concerne la prise en charge des personnes (chauffeurs, soignants, métiers d’aide à la personne, etc.), le risque est encore supérieur. La prévention des addictions (alcool, tabac, drogues) peut se concevoir dans une perspective de promotion globale de la santé physique, mentale et sociale. L’hôpital, qui a su mener des politiques anti-tabagisme, pourrait s’emparer de ce problème de santé publique qui touche bon nombre des plus jeunes agents.

Conclusion

Les consommateurs de cannabis étant nombreux, les soignants les côtoient dans leur vie sociale et sur leur lieu de travail. Les messages de prévention qu’ils peuvent donner et la qualité de l’écoute qu’ils peuvent montrer, une fois le problème repéré, sont des soutiens utiles à la démarche de sevrage des utilisateurs réguliers de stupéfiants ou à la décision d’arrêt chez les utilisateurs occasionnels. L’attitude des soignants ne doit être ni dans le rejet, ni dans l’acceptation, mais dans l’empathie et la tolérance raisonnée.

 

Les traitements de substitution

L’accompagnement social de la toxicomanie passe par la mise en place de structures et de programmes de substitution pour les 150 000 à 180 000 usagers de drogue “à problèmes” estimés par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies. Deux médicaments sont utilisés dans le cadre d’un traitement de substitution aux opiacés : – la méthadone, dont la prescription ne peut être initiée que dans les centres spécialisés et les établissements de soins ; – et la buprénorphine haut dosage (BHD) ou (Subutex®), qui peut être prescrite par tout médecin. Dix ans après sa mise sur le marché, la BHD est devenue le premier traitement de la dépendance aux morphiniques en France et représentait en 2006 environ 85 % des traitements de substitution.

 

Notes

1 Loi n° 2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance, consultable sur www.legifrance.gouv.fr
2 Pour en savoir plus : www.ladocumentationfrancaise.fr
3 Pour en savoir plus : www.ofdt.fr
4 Loi n° 99-505 du 18 juin 1999 relative à la sécurité routière, consultable sur www.legifrance.gouv.fr
5 Article L235-1 du Code de la route, consultable sur www.legifrance.gouv.fr

 

• Février 2009 • Article extrait de la revue L'aide-soignante n°104

Marie-Laure Massucco
infirmière, CHU Tenon, AP-HP, Paris (75)
Bernard Marc
praticien hospitalier, Centre hospitalier de Compiègne (60)
b.marc@ch-compiegne.fr

Partagez cet article sur :