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Le stress professionnel, un danger pour les soignants

Article Extrait de : L’aide-soignante n° 101

L'Aide Soignante 101 S'abonner

L’aide-soignante

Editeur : Elsevier Masson
10 n° par an
+ version en ligne de la revue (accès payant pour les Institutions)
Dimensions : 21 cm x 29,7 cm

Les rubriques :
Actualités - Dossier Formation – Zoom – Pratique - Fiche technique - Guide (livres, agenda, petites annonces…)

Aide-soignant.com s’est associé aux éditions Elsevier Masson pour vous proposer une sélection d’articles issus de leurs deux revues aides-soignantes.


Cet article est extrait du Dossier "L’ergonomie au quotidien" coordonné par Philippe Michau

  • Former les aides-soignants à l’ergonomie
  • L’ergonomie des locaux pour améliorer les conditions de travail
  • Le stress professionnel, un danger pour les soignants
  • Vers une meilleure organisation et une répartition optimisée du travail
  • Techniques de manutention pour prévenir les troubles musculo-squelettiques

 

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Le stress est particulièrement présent dans les équipes soignantes, pour des raisons de surcharge de travail, de confrontation quotidienne à la souffrance et de manque de reconnaissance. Certains soignants sont victimes d’épuisement professionnel, avec des conséquences pour l’équipe.

Les médias traitent régulièrement du niveau élevé de stress dans le monde de l’entreprise. Ainsi, les pathologies du travail liées au stress, à l’épuisement professionnel et au harcèlement moral sont de plus en plus rencontrées. Le secteur de la santé n’est pas épargné.

Un contexte économique favorisant le stress au travail

Les fluctuations économiques, les exigences budgétaires et leurs conséquences sur l’emploi sont susceptibles d’engendrer une souffrance dans le travail. Un rapport1 paru en 2007 cite le stress comme premier risque psychosocial au travail.
Utilisant les conclusions de ce document, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, lors de la remise en mars 2008 d’un texte2 sur le même sujet, a affirmé : « Nous devons et nous allons lever le tabou sur le stress professionnel ». En juillet 2008, il déclarait rendre obligatoires des négociations sur le stress dans les branches où le phénomène est le plus marqué. Un niveau de stress élevé et permanent entraîne des situations d’usure et d’épuisement chez les salariés. Ainsi, cela peut se traduire pour les cadres par un risque élevé de dépression, d’infarctus ou de suicide. Au Japon, par exemple, le “syndrome du kaloshi” (mort par la fatigue au travail) tue chaque année 30 000 personnes.

Les sources du stress professionnel

Pour certains chercheurs3, le stress professionnel résulte de la perception des contraintes, stimuli et agressions subis dans une activité professionnelle et de l’adaptation du sujet face à cela. Ils en distinguent six sources intrinsèques :

  • le travail ;
  • le rôle dans l’organisation ;
  • le développement de la carrière ;
  • les relations professionnelles ;
  • la structure et le climat organisationnels ;
  • l’interface travail-famille.

Des réactions différentes selon la situation et la personnalité

Selon ces auteurs, la combinaison de certaines de ces sources de stress et de certains traits de personnalité entraîne des réactions au stress telles que maladies coronariennes, certains troubles mentaux, toxicomanies, conduites alcooliques, conflits familiaux, insatisfaction professionnelle. Si, pour certains sujets, le stress professionnel ne présente aucun caractère de gravité, en revanche, pour d’autres, il peut devenir pathologique et perturber les comportements, les activités mentales et
le niveau émotionnel. En effet, le stress dépend non seulement de l’environnement, mais aussi de la personnalité et des stratégies de défense utilisées pour le gérer. 

Plus le soignant est physiquement proche du malade, moins il se sent décisionnaire et plus il exprime sa souffrance

D’après certains chercheurs4, la souffrance au travail ne fait pas nécessairement “craquer” les salariés.
Ceux-ci tentent de s’en accommoder en développant des mécanismes de défense individuelle et en se résignant, voire en s’associant euxmêmes à ce processus : le salarié sous pression, qu’il soit employé ou cadre, transfère cette pression à ses collègues ou subordonnés, et se met à son tour à faire souffrir, parfois jusqu’au harcèlement.

Le stress chez les soignants

Les problèmes institutionnels

Les pertes de temps et d’énergie (physique ou psychique) liées aux dysfonctionnements institutionnels retentissent sur les soignants comme des agents stressants. Sur ce sujet, Philippe Cléry-Melin écrit : « Dans un contexte de tension sur les effectifs et d’émergence de nouvelles organisations5, les difficultés pour les soignants de fournir un travail de qualité vont à l’encontre de leurs valeurs éthiques et peuvent les conduire à un non-sens dans le travail et une perte d’estime de soi. La négation de leur engagement, l’absence de reconnaissance des efforts réalisés, sont très coûteux sur le plan de la santé et peuvent amener de véritables décompensations psychiques (burn out, épuisement professionnel) ».6

Le secteur médico-social

Certains facteurs de stress sont communs à différentes professions7. Toutefois, dans les métiers du secteur social et médico-social, les travailleurs doivent affronter un stress spécifique, car ils sont confrontés à des situations qui ont de profondes implications humaines : la souffrance, la détresse, la mort. Le principal facteur de stress est généré par la personne soignée du fait de son état physique et mental et de son comportement. À ce stress spécifique peut s’ajouter, pour les aides-soignantes, ceux liés aux faibles perspectives d’évolution de carrière, aux relations de travail avec les autres professionnels, notamment les infirmières, et à l’ambiance de travail dans l’équipe. Une majorité d’aides-soignantes ressent également un manque de reconnaissance. En effet, la nature même du travail aide-soignant peut entraîner un manque d’accomplissement personnel car les soins de nursing sont peu valorisés dans la hiérarchie des actes médicaux. Anne-Marie Arborio8, dans une étude sur la profession, considère d’ailleurs les aides-soignantes comme un personnel « invisible » dans le monde hospitalier. Une étude9 exposant différentes professions montre la particularité de la souffrance d’un médecin, d’un infirmier, d’un aide-soignant et d’un agent de service hospitalier. Elle conclut que plus le soignant est physiquement proche du malade, moins il se sent décisionnaire et plus il exprime sa souffrance. Le médecin rapporte qu’il se sent parfois en position d’échec mais qu’il demeure extrêmement gratifié par la relation de prestige qu’il a avec le patient.

Lutter contre le stress

Quand l’utilisation répétée de mécanismes adaptatifs, de stratégies de défense et l’utilisation de ressources face aux facteurs de stress professionnels ne suffisent plus, les infirmières, par exemple, utilisent souvent la démission comme réponse10. Elles répondent ainsi à leurs tensions et à l’apparition chez elles d’un sentiment d’usure. Le marché de l’emploi étant favorable à cette profession, cette stratégie est alors possible. Mais que peut-on  penser de la situation des aidessoignantes qui ne peuvent pas utiliser cette tactique de rupture avec leur poste, le marché de l’emploi étant pour elles plus restreint ? En permanence sujettes au stress, beaucoup d’entre elles sont alors victimes d’épuisement professionnel. Les conséquences peuvent être  une dépression, mais aussi l’instauration d’un cercle vicieux entre le soignant stressé par les personnes soignées qu’il stressera à son tour par son comportement inadéquat.

Notes

1 European Agency for Safety and Health at Work. Expert forecast on emerging psychosocial risks related to occupational safety and health. Luxembourg, Office for Official Publications of the European Communities, 2007.
2 Nasse P, Legeron P. Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail, 2008. Ministère du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité (www.travailsolidarite.gouv.fr)
3 Cooper CL, Payne R. Stress at work. John Wiley & Sons, 1978.
4 Dejours C. Travail ; usure mentale : de la psychopathologie à la psychodynamique du travail. Bayard, 1993.
5 Restructurations dues au passage aux 35 heures de travail hebdomadaire.
6 Cléry-Melin P. Plan d’actions pour le développement de la psychiatrie et la promotion de la santé mentale, 2003. Rapport remis Ministère de la Santé, de la Famille et des Personnes handicapées.
7 Floru R, Cnockaert JC. Stress professionnel et Burn out. Les Cahiers de l’actif 1998 ; 264/265.
8 Arborio AM. Un personnel invisible. Anthropos, 2001.
9 Goldenberg E. Aider les soignants en souffrance. Jalmalv 1989 ; 14.
10 Arslan L. Infirmière, et si c’était à refaire ? Seli Arslan, 2002.

 

• Novembre 2008 • Article extrait de la revue L'aide-soignante n°101

Pascal MACREZ
Consultant, formateur
pascal.macrez@orange.fr

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