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Journées Francophones des Aides-soignants 2018

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Les perceptions du temps à l’hôpital

Article Extrait de : L’aide-soignante • n° 117

Aide-soignant.com s’est associé aux éditions Elsevier Masson pour vous proposer une sélection d’articles issus de leurs deux revues aides-soignantes.

Cet article fait partie du dossier  "Temporalités à l'hôpital".

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En institution, les patients doivent s’habituer à un rythme différent et trouver de nouveaux repères. Certains sont impatients, d’autres se trouvent bousculés et les familles sont souvent pressées. Les soignants, quant à eux, doivent effectuer les soins dans une plage horaire donnée, tout en accordant du temps à chacun des patients, aux proches et aux collègues.

« Le temps ne passe pas », « Que c’est long ! », « Je n’ai pas vu le temps passer », « C’est déjà fini, mais on vient juste de commencer ! » La liste est longue de toutes ces expressions qui nous disent combien le temps s’écoule différemment pour chacun. Et le temps des soins ? Comment harmoniser la perception et les représentations de chacun face au temps ?

Le temps n’est pas le même pour tous. Il n’est pas facile de travailler avec ce postulat. Nous ne percevons pas le temps qui passe à la même vitesse à tous les âges de la vie, pour les adultes les plus âgés et pour les adolescents. Le temps n’est pas non plus le même selon l’état physique ou psychique.

Le temps de l’institution

Dans un même service hospitalier, les patients ne vivent pas tous à un rythme identique. Il existe tout d’abord, évidemment, le rythme de chacun, dans son état naturel : le temps personnel. Lors d’une hospitalisation, un autre temps se superpose : le temps de l’institution.

  • Certaines personnes “toujours pressées”, trouvent que rien ne va suffisamment vite. L’inquiétude qu’elles ressentent les pousse à vouloir encore accélérer les choses. Ne pas attendre représente pour elles une façon de juguler leur angoisse. Les “temps morts” leur sont douloureux. Les moments d’attente sont en effet difficiles à vivre car la personne, inoccupée, se laisse aller à une certaine forme de rêverie et échafaude des scénarios le plus souvent pénibles. La représentation que nous nous faisons des événements traumatiques est toujours plus péjorative que le traumatisme lui-même.
  • D’autres, en particulier dans les structures de soins de longue durée, se sentent trop souvent bousculées. Tout va trop vite pour elles (pas seulement parce qu’elles sont parfois plus lentes à effectuer certains gestes), comme si l’entrée dans l’état de maladie entraînait inévitablement un phénomène de régression ralentisssant même la pensée. Ce sont d’ailleurs ces personnes qui, indépendamment de leur âge, se plaignent de ne pas “arriver à suivre”. L’état de régression peut les amener à dormir ou somnoler pendant la journée.

Le temps de l’acclimatation

Les repères temporels sont des éléments fondamentaux pour les êtres humains. Perdre les anciens repères pour en mettre de nouveaux en place est une opération qui demande du temps !

Le refuge dans le sommeil

Être absent à ce qui se passe (ou ne se passe pas) est une façon détournée d’écourter le temps quand il paraît trop long.

Dans leur pratique, les soignants savent que ce goût pour le sommeil doit être considéré comme un indice de la fragilité de l’état psychologique d’une personne. Outre les troubles physiologiques, un sommeil trop important peut être le signe d’une dépression. Dormir est une façon de faire passer le temps autrement, plus rapidement.

Le temps des familles

Bien souvent, les familles s’inquiètent de l’état de leur proche et ont hâte que des actions concrètes soient mises en oeuvre pour induire une évolution favorable. S’agissant des plus jeunes patients, elles sont pressées qu’ils retrouvent leurs activités scolaires ou professionnelles. Quand l’état du patient nécessite un accompagnement de longue durée, comme pour une personne âgée dépendante par exemple, les familles demandent qu’elle puisse entrer de suite dans une structure d’accueil, sans prendre le temps de la réflexion ni de la maturation d’un projet personnel. Pourtant, les soignants le savent bien, les décisions prises à la hâte sont souvent assorties d’une plus longue phase d’adaptation parce que la personne âgée a changé d’univers trop brutalement.

Prendre son temps est alors indispensable pour apprivoiser les craintes des familles et des équipes aussi bien en pédiatrie ou, à l’autre extrémité de la vie, pour une entrée en maison de retraite. En service de psychiatrie, ce temps de réflexion est particulièrement important. En tant qu’équipe soignante, il nous faut aider ces familles à admettre que le temps qui passe n’est pas forcément du temps perdu. C’est un temps nécessaire à une reconstruction individuelle et familiale. Quelques rencontres avec les patients et leur famille permettent d’accepter les changements survenus entre avant et après la maladie, de valoriser les compétences individuelles et familiales, pour que chacun comprenne réellement où l’autre en est de son évolution. Le temps des soignants Actuellement, plus que jamais, le temps représente de l’argent. Or les structures de soins ne sont pas en dehors de ce système économique. Tous les soignants sont poussés à parer au plus pressé. Du côté de l’administration hospitalière, cette urgence à guérir est aussi motivée par des raisons financières. Du côté des patients et de leurs familles, cette urgence relève de l’extrême difficulté à supporter la frustration – qu’il s’agisse de rétablissement ou d’attente.

Dans ce contexte, prendre le temps est à la fois un luxe et un acte de résistance, modeste, face à l’uniformisation du soin qui pourrait devenir la règle. Les transmissions, les synthèses, les réunions cliniques comme les réunions institutionnelles sont “un temps à penser” d’autant plus indispensable.

Témoignage d’une aide-soignante

« L’hospitalisation bouscule les habitudes des patients qui perdent leurs repères ainsi que la notion du temps. Leurs journées sont ponctuées par les soins, les repas, les changements d’équipe, les visites, le bruit. Les personnes soignées sont parfois confrontées à mon manque de disponibilité. En effet, happée par mes soins collectifs (repas, toilette…), j’organise et planifie mon travail (en collaboration avec l’infirmière) en fonction des priorités. Cela m’amène, malgré moi, à imposer un rythme de soins sans pouvoir tenir compte des besoins individuels de chaque malade. Le patient est par conséquent contraint de s’habituer au rythme du service.

Même s’il ne m’est pas toujours facile de répondre favorablement à toutes les attentes et demandes du patient, je m’applique à respecter son rythme tout en l’aidant à retrouver son autonomie. Le sommeil et le repos en quantité suffisante favorisent la récupération physique et psychologique du patient. J’essaye donc de lui procurer un environnement calme en réduisant les nuisances sonores et en regroupant les soins quand cela est possible pour l’infirmière : toilette suivie du pansement, toilette réalisée plus tard pour permettre au patient de se reposer le matin s’il a passé une mauvaise nuit, repas décalé si pas de contre-indication, etc. »

 

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L’aide-soignante

Editeur : Elsevier Masson
10 n° par an
+ version en ligne de la revue (accès payant pour les Institutions)
Dimensions : 21 cm x 29,7 cm

Les rubriques :
Actualités - Dossier Formation – Zoom – Pratique - Fiche technique - Guide (livres, agenda, petites annonces…)

• Mai 2010 • Article extrait de la revue L'aide-soignante n°117

Michèle GUIMELCHAIN-BONNET
Psychologue, Paris (75)
mg.bonnet@orange.fr

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